{"id":1026,"date":"2026-04-25T18:15:08","date_gmt":"2026-04-25T16:15:08","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=1026"},"modified":"2026-06-19T18:17:35","modified_gmt":"2026-06-19T16:17:35","slug":"la-nuit-des-etoiles-filantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2026\/04\/25\/la-nuit-des-etoiles-filantes\/","title":{"rendered":"LA NUIT DES \u00c9TOILES FILANTES"},"content":{"rendered":"\n<p>Tout enfant, un soir ou l\u2019autre, l\u00e8ve les yeux. Il ne sait pas encore tr\u00e8s bien ce qu\u2019il cherche, ni m\u00eame ce qu\u2019il voit, mais quelque chose dans l\u2019obscurit\u00e9 scintillante l\u2019appelle. Et puis, soudain, cela survient : une trace br\u00e8ve, une entaille de lumi\u00e8re dans le noir profond, une \u00e9toile qui file. L\u2019enfant croit assister \u00e0 un arrachement, comme si un point du ciel s\u2019\u00e9tait d\u00e9tach\u00e9 pour fuir. Il ne sait pas encore que ce n\u2019est pas une \u00e9toile, mais un fragment, une poussi\u00e8re ardente, une br\u00fblure passag\u00e8re dans l\u2019atmosph\u00e8re. Peu importe. Ce qu\u2019il voit, c\u2019est un myst\u00e8re. On dit qu\u2019il faut faire un v\u0153u. Alors il en fait un, sans trop savoir \u00e0 qui il s\u2019adresse. Peut-\u00eatre au ciel lui-m\u00eame, \u00e0 cette immensit\u00e9 qui, pour la premi\u00e8re fois, lui appara\u00eet comme vivante. Et puis viennent les nuits annonc\u00e9es, celles que les calendriers signalent avec une pr\u00e9cision presque rassurante : telle date, telle heure, tel flux de m\u00e9t\u00e9ores traversera le ciel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ann\u00e9e-ci, dans la nuit du 23 au 24 avril 2026, on assista \u00e0 une pluie d\u2019\u00e9toiles filantes : jusqu\u2019\u00e0 vingt m\u00e9t\u00e9ores visibles par heure, dit-on, et davantage encore lorsque la lune consentait \u00e0 ne pas troubler le spectacle de ceux qui l\u2019ont vu, au Pic du midi ou ailleurs. Une telle pluie d\u2019\u00e9toiles filantes ne se reproduirait pas avant 2276. Vertige des chiffres, vertige du temps. Comme si le ciel lui-m\u00eame, par instants, donnait rendez-vous aux hommes, puis se retirait pour deux si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>On imagine alors que l\u2019enfant qui se r\u00e9veille en chacun de nous esp\u00e8re voir non pas une, mais mille \u00e9toiles filantes. Il veut \u00eatre surpris, \u00e9bloui, travers\u00e9. Il guette la premi\u00e8re z\u00e9brure, puis la suivante, et encore une autre, comme des griffures color\u00e9es sur l\u2019azur nocturne. Il y a dans ce spectacle quelque chose de pur : une beaut\u00e9 qui ne demande rien, qui ne promet rien, sinon d\u2019exister. Les feux d\u2019artifices du 14 juillet ou du 15 ao\u00fbt renouvellent cet \u00e9merveillement qui, depuis que l\u2019invention de la pyrotechnie a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e en Chine ou en Italie qu\u2019importe, a fascin\u00e9 les grands ce monde et les petits enfants&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh la belle bleue&nbsp;! Oh la belle rouge&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On dit qu\u2019en France ce premier spectacle a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 place des Vosges \u00e0 Paris pour le mariage de Louis XIII, avec Anne d\u2019Autriche. Pourtant, si un ciel qui s\u2019embrasse peut-\u00eatre la plus belle des choses il peut \u00eatre aussi la plus terrible. Il suffit de d\u00e9placer le regard. Ou plut\u00f4t, de d\u00e9placer le lieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on regarde. Car ailleurs, sous ce m\u00eame ciel que nous croyons immuable, d\u2019autres enfants aussi l\u00e8vent la t\u00eate vers les z\u00e9brures du ciel. \u00c0 Gaza, \u00e0 Beyrouth, \u00e0 Tel Aviv, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, \u00e0 Kiev et dans toutes les zones en guerre. Eux aussi voient des tra\u00een\u00e9es lumineuses. Eux aussi voient des z\u00e9brures dans la nuit. Mais ce ne sont pas des m\u00e9t\u00e9ores, ce sont des missiles, des drones, des bombes. La confusion serait presque parfaite si elle n\u2019\u00e9tait tragique. Une lumi\u00e8re qui tombe du ciel, une autre qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve en tra\u00e7ant une courbe, une explosion qui illumine bri\u00e8vement l\u2019horizon : tout cela, de loin, pourrait ressembler \u00e0 une pluie d\u2019\u00e9toiles. Mais ici, chaque trace annonce la mort. Chaque lueur est une menace. L\u00e0 o\u00f9 certains font des v\u0153ux, d\u2019autres retiennent leur souffle. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on attend de la nuit qu\u2019elle \u00e9merveille, ailleurs on redoute le cauchemar de la nuit qui s\u2019\u00e9claire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a longtemps, les hommes ont lev\u00e9 les yeux avec le m\u00eame \u00e9tonnement vers les \u00e9toiles ou y ont lu un signe comme les Rois mages . Les savants eux-m\u00eames furent des enfants \u00e9merveill\u00e9s. Lorsqu\u2019ils ont braqu\u00e9 leurs lunettes vers les astres, ils n\u2019y ont pas vu des cibles, mais des \u00e9nigmes. Galil\u00e9e, en d\u00e9couvrant les satellites de Jupiter, n\u2019a pas seulement d\u00e9plac\u00e9 le centre du monde : il a \u00e9largi l\u2019horizon de l\u2019esprit humain. Giordano Bruno, en imaginant une infinit\u00e9 de mondes, a pay\u00e9 de sa vie cette audace. Kepler, lui, croyait entendre la musique des sph\u00e8res, comme si l\u2019univers entier ob\u00e9issait \u00e0 une harmonie secr\u00e8te. Il y a en tout enfant, en tout astronome, un enfant qui r\u00eave devant la plan\u00e8te bleue, tel que la d\u00e9signent les astronautes qui ont eu le privil\u00e8ge de voir la terre d\u2019en haut. Mais aujourd\u2019hui, il est possible m\u00eame que ces derniers puissent observer ces \u00e9clairages sinistres des guerres qui se livrent dans son atmosph\u00e8re sous leurs pieds.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, partout, les m\u00eames yeux d\u2019enfants regardent le m\u00eame ciel mais ils n\u2019y lisent pas la m\u00eame chose. Le ciel n\u2019est plus seulement un objet de contemplation ou de connaissance. Il est devenu un territoire. On l\u2019a peupl\u00e9 de satellites, de machines, de trajectoires calcul\u00e9es, \u00e0 la place des r\u00eaves, on y a inscrit des ambitions, des routes invisibles, des strat\u00e9gies, des menaces, une surveillance globale. Ce qui relevait autrefois de l\u2019inaccessible est d\u00e9sormais quadrill\u00e9, surveill\u00e9, instrumentalis\u00e9, ma\u00eetris\u00e9, asservi. D\u00e8s lors, la v\u00e9ritable question n\u2019est pas de savoir combien d\u2019\u00e9toiles filantes nous verrons dans une nuit donn\u00e9e, ni quand aura lieu la prochaine pluie exceptionnelle, mais de savoir si, \u00e0 l\u2019avenir, nous serons encore capables de regarder le ciel comme des enfants &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire sans peur. Peut-\u00eatre r\u00eavera-t-on alors d\u2019un ciel sans \u00e9toile.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il est loin le temps o\u00f9 le petit prince de Saint-Exup\u00e9ry d\u00e9clarait&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;les \u00e9toiles sont \u00e9clair\u00e9es pour que chacun puisse un jour retrouver la sienne.&nbsp;\u00bb Ce qu\u2019il ignorait alors, c\u2019est que notre monde qui a peut-\u00eatre perdu son \u00e9toile. Car entre la lumi\u00e8re qui \u00e9merveille et celle qui d\u00e9truit, il n\u2019y a parfois qu\u2019un peu d\u2019espace, de technologie et d\u2019histoire\u2026ou de folie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout enfant, un soir ou l\u2019autre, l\u00e8ve les yeux. Il ne sait pas encore tr\u00e8s bien ce qu\u2019il cherche, ni m\u00eame ce qu\u2019il voit, mais quelque chose dans l\u2019obscurit\u00e9 scintillante l\u2019appelle. Et puis, soudain, cela survient : une trace br\u00e8ve, une entaille de lumi\u00e8re dans le noir profond, une \u00e9toile qui file. 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