{"id":169,"date":"2017-03-25T10:16:00","date_gmt":"2017-03-25T10:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=169"},"modified":"2019-04-04T09:36:03","modified_gmt":"2019-04-04T07:36:03","slug":"parlons-du-printemps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2017\/03\/25\/parlons-du-printemps\/","title":{"rendered":"PARLONS DU PRINTEMPS"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 une campagne \u00e9lectorale qui chaque jour s\u2019envase un peu plus et nous accable de r\u00e9v\u00e9lations subalternes, levons un peu la t\u00eate vers la vraie campagne, juste assez pour voir les p\u00e2querettes, les jonquilles, les cam\u00e9lias, les tulipiers de Virginie qui appellent tous le printemps. Hier encore, lorsque l\u2019\u00e9cole obligeait l\u2019\u00e9colier \u00e0 apprendre des r\u00e9citations par c\u0153ur, on d\u00e9couvrait Th\u00e9ophile Gautier : \u00ab tandis qu\u2019\u00e0 leurs \u0153uvres perverses, les hommes courent haletants, Mars qui rit malgr\u00e9 les averses, pr\u00e9pare en secret le printemps \u00bb. C\u2019est dans \u00ab \u00c9maux et Cam\u00e9es, je crois \u00bb, c\u2019\u00e9tait il y a un si\u00e8cle, on croirait que \u00e7a date d\u2019hier.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nPour ceux qui n\u2019ont pas comme nous la chance d\u2019avoir la campagne \u00e0 port\u00e9e de pas et de regard, il reste les mus\u00e9es et leurs fabuleuses toiles impressionnistes, le grand moment de la peinture fran\u00e7aise, la red\u00e9couverte de la nature, de la lumi\u00e8re et des saisons, l\u2019un des moments de gr\u00e2ce o\u00f9 la France ajoutait une pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice de la peinture mondiale. Or, il se trouve qu\u2019en ce moment, les mus\u00e9es parisiens dont chacun peut entendre parler se sont mis en habit vert par des grandes expositions, ce sont : \u00ab Jardins \u00bb au Grand Palais, \u00ab Pissaro \u00bb au Luxembourg, \u00ab le paysage mystique de Monet \u00e0 Kandinsky \u00bb \u00e0 Orsay, l\u2019occasion de v\u00e9rifier la formidable continuit\u00e9 de l\u2019art et de la nature, \u00ab l\u2019art est ce que l\u2019homme ajoute \u00e0 la nature \u00bb, disait Aristote. La premi\u00e8re exposition qui traite des jardins est un v\u00e9ritable enchantement, elle retrace la naissance des jardins depuis l\u2019antiquit\u00e9, la renaissance jusqu\u2019\u00e0 nos jours avec des documents, des plans, des dessins, des herbiers, des arboretums  et les ponctue de chefs d\u2019\u0153uvres de la peinture comme ce \u00ab Parc \u00bb peint par Gustav Klimt en 1910, ce \u00ab Bouquet de violettes \u00bb de D\u00fcrer ou encore, ce \u00ab Jour d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00bb de Gerhard Richter qui date de 1999. Mais cessons d\u2019\u00e9voquer ce que beaucoup ne pourront pas voir et admettons que les parisiens sont moins bien servis que nous en merveilles de la nature pour se consoler avec les merveilles de l\u2019art, encore que, si d\u2019aventure, nos mus\u00e9es avec leurs moyens s\u2019avisaient aussi de prendre de telles initiatives, nul ne les en bl\u00e2merait. On s\u2019aviserait alors que le jardin est d\u2019abord et avant tout, un \u00ab morceau de l\u2019univers \u00bb, une \u0153uvre d\u2019art totale, toujours en mouvement. On sait combien Monet a mis de soin \u00e0 entretenir son jardin de nymph\u00e9as afin d\u2019y puiser les couleurs de sa peinture, mais il ne fut pas le seul, Pissaro \u00e0 Eragny, y c\u00e9l\u00e9brait le paysage et C\u00e9zanne avait plant\u00e9 d\u00e9finitivement son chevalet devant la Sainte Victoire, comme Van-Gogh devant les paysages des environs d\u2019Arles. Les impressionnistes les premiers offraient ainsi aux salons bourgeois de leur \u00e9poque ce petit morceau de nature qui trouait leur mur sur quelques centim\u00e8tres carr\u00e9s et leur rendait la nature. Les arabes priv\u00e9s de jardins dans leur d\u00e9sert, lorsqu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 Cordoue, inventaient le tapis de laine parsem\u00e9 de fleurs qu\u2019ils mettaient au sol pour pouvoir le fouler ind\u00e9finiment dans le silence des mosqu\u00e9es. Les Romains \u00e0 Pomp\u00e9i en faisaient des fresques. Tout incite \u00e0 penser que l\u2019homme ne peut se passer de nature. La forme que cela prend aujourd\u2019hui est moins po\u00e9tique mais tout aussi exigeante. On appelle cela l\u2019\u00e9cologie, enfin, la vraie, celle  qui pr\u00f4ne une humanit\u00e9 heureuse,  non celle qui punit les p\u00e9ch\u00e9s des hommes coupables d\u2019avoir quitt\u00e9 le jardin du monde un peu comme Dieu avait chass\u00e9 Adam et \u00c8ve du jardin d\u2019Eden. Aussi, m\u00eame si on ne croit plus \u00e0 ce jardin initial, il nous reste le go\u00fbt et la pratique de l\u2019exclusion. Chacun excluant les autres de son jardin, vous voyez o\u00f9 je veux en venir. Mais il fait trop beau pour une querelle et je n\u2019irais pas par l\u00e0, il y a trop de concurrence dans le secteur. Non, je me contenterai de r\u00eaver au temps o\u00f9 Garcia Lorca pouvait \u00e9crire : \u00ab Dans les jardins se cachent la mansu\u00e9tude, l\u2019amour et cette sorte de vague \u00e0 l\u2019\u00e2me que donne l\u2019oisivet\u00e9 \u00bb. Heureux temps que celui o\u00f9 le non-travail ne s\u2019appelait pas encore le ch\u00f4mage, mais l\u2019oisivet\u00e9, enfin, il s\u2019agissait sans doute du temps de sa jeunesse, les orages viendraient plus tard. Le printemps vous tienne en joie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 une campagne \u00e9lectorale qui chaque jour s\u2019envase un peu plus et nous accable de r\u00e9v\u00e9lations subalternes, levons un peu la t\u00eate vers la vraie campagne, juste assez pour voir les p\u00e2querettes, les jonquilles, les cam\u00e9lias, les tulipiers de Virginie qui appellent tous le printemps. 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