{"id":182,"date":"2012-06-15T11:13:00","date_gmt":"2012-06-15T11:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=182"},"modified":"2019-04-03T15:38:28","modified_gmt":"2019-04-03T13:38:28","slug":"ce-que-disent-les-images","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2012\/06\/15\/ce-que-disent-les-images\/","title":{"rendered":"CE QUE DISENT LES IMAGES"},"content":{"rendered":"<p>La photographie officielle des nos pr\u00e9sidents est loin d\u2019\u00eatre un acte anecdotique, elle est en fait, le premier signe officiel par lequel l\u2019int\u00e9ress\u00e9 envoie un message aux Fran\u00e7ais sur ce qu\u2019il est, sur l\u2019image qu\u2019il veut donner de lui-m\u00eame, sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de sa fonction. Le photographe qui capte cet instantan\u00e9 y ajoute sa touche personnelle, amplifie ou r\u00e9duit la port\u00e9e du message selon que son style est plus ou moins affirm\u00e9.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nAvec De Gaulle commence la tradition. Le Pr\u00e9sident a rev\u00eatu son habit d\u2019officier g\u00e9n\u00e9ral en civil, il porte les d\u00e9corations officielles et il pose sur fond de biblioth\u00e8que, main droite appuy\u00e9e sur deux livres. Les symboles sont forts : le pouvoir et ses insignes, la loi dans les livres, l\u2019histoire dans la biblioth\u00e8que et l\u2019homme dans la stature du commandeur pr\u00eat \u00e0 diriger un grand pays. Ce mod\u00e8le solennel sera repris en plan un peu plus rapproch\u00e9, mais \u00e0 l\u2019identique par Georges Pompidou qui choisira une photographe de Paris Match pour op\u00e9rer. Mais on voit bien que le second cherche \u00e0 mettre ses pas dans ceux du premier. Avec Valery Giscard D\u2019Estaing, arive la rupture, plus de livres ni de biblioth\u00e8ques, plus d\u2019anecdotes mais un symbole fort, le drapeau fran\u00e7ais d\u00e9ploy\u00e9 horizontalement, le costume de ville avec les d\u00e9corations officielles \u00e0 la boutonni\u00e8re de mani\u00e8re discr\u00e8te, un corps cadr\u00e9 aux \u00e9paules et un visage esquissant un l\u00e9ger sourire, c\u2019est l\u2019image rajeunie de la fonction et c\u2019est l\u2019image de la modernit\u00e9. Le photographe J-H Lartigue op\u00e8re l\u00e0, en artiste. Fran\u00e7ois Mitterrand, lui reviendra \u00e0 la tradition du portrait pos\u00e9. De nouveau, la biblioth\u00e8que, le costume de ville et la d\u00e9coration \u00e0 la boutonni\u00e8re, mais l\u2019homme est assis et a un livre ouvert entre les mains, et pas n\u2019importe lequel : \u00ab les Essais \u00ab de Montaigne. Mitterrand, dans sa biblioth\u00e8que, pose en lecteur qui l\u00e8ve un instant les yeux vers son peuple et on peut imaginer qu\u2019il va, tout de suite apr\u00e8s, reprendre sa lecture. Le choix de la photographe, Gis\u00e8le Freund, celle qui a photographi\u00e9 les plus grands \u00e9crivains de son si\u00e8cle n\u2019est pas non plus indiff\u00e9rent. L\u2019image envoy\u00e9e est ici celle d\u2019un pr\u00e9sident cultiv\u00e9 et aimant la culture. Ce sera aussi la part la plus significative de son legs. Avec Jacques Chirac, on change de style, on quitte la biblioth\u00e8que et l\u2019on va dans le parc. Chirac pose en costume de ville sur fond de fa\u00e7ade du Palais de l\u2019Elys\u00e9e, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9contract\u00e9 et bienveillant comme un h\u00f4te qui attend le peuple en son ch\u00e2teau de province. On sent que c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est le plus \u00e0 l\u2019aise, et l\u2019on ne serait pas surpris de voir gambader des chiens autour de lui. Sa photographe, Bettina Rheims plus habitu\u00e9e \u00e0 photographier des nus, donne l\u00e0, un portrait de genre. Nicolas Sarkozy, lui, revient en biblioth\u00e8que, mais ce qui frappe dans sa photo, c\u2019est, (pour la premi\u00e8re fois), la pr\u00e9sence \u00e9crasante de deux drapeaux, fran\u00e7ais et europ\u00e9en qui lui disputent la pr\u00e9s\u00e9ance et on le sent comme intimid\u00e9 d\u2019un tel voisinage. Pour cette photo, c\u2019est Philippe Warrin, un photographe plus habitu\u00e9 des plateaux t\u00e9l\u00e9 qui signe le clich\u00e9. Enfin, Fran\u00e7ois Hollande qui a choisi Raymond Depardon pour photographe, renoue, lui , avec une posture Chiraquienne, mais plus bonhomme, moins hobereau dans le style. C\u2019est un homme dit \u00ab normal \u00bb qui, bras ballants, foule la pelouse d\u2019un parc qui pourrait aussi bien \u00eatre une prairie de comice agricole ou de f\u00eate de la rose, n\u2019\u00e9tait la haute fa\u00e7ade lointaine de l\u2019\u00c9lys\u00e9e d\u00e9cor\u00e9e de drapeaux (l\u00e0 encore fran\u00e7ais et europ\u00e9en) pos\u00e9s en \u00e9tendards sur les murs. Depardon, justement, imposant le format carr\u00e9 avec lequel il a saisi les paysages de la France profonde et les portraits des paysans qu\u2019il affectionne fixe sa vision du pr\u00e9sident. Il y a l\u00e0 quelque chose qui rappelle un certain Mitterrand de la \u00ab Force tranquille \u00bb et l\u2019on se demande en fin de compte si Fran\u00e7ois Hollande n\u2019incarnera pas un m\u00e9lange du style Mitterrand des villes et Chirac des campagnes, ce qui ne serait pas si d\u00e9cal\u00e9 que cela par rapport \u00e0 ce qu\u2019est la France profonde. On notera aussi que si la nature revient au premier plan, la culture, elle, reste dans l\u2019antichambre\u2026ou dans la biblioth\u00e8que. Mais l\u00e0-dessus, l\u2019avenir nous instruira.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La photographie officielle des nos pr\u00e9sidents est loin d\u2019\u00eatre un acte anecdotique, elle est en fait, le premier signe officiel par lequel l\u2019int\u00e9ress\u00e9 envoie un message aux Fran\u00e7ais sur ce qu\u2019il est, sur l\u2019image qu\u2019il veut donner de lui-m\u00eame, sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de sa fonction. 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