{"id":33,"date":"2013-06-05T15:24:00","date_gmt":"2013-06-05T15:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=33"},"modified":"2019-04-03T15:38:13","modified_gmt":"2019-04-03T13:38:13","slug":"venise-55-biennale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2013\/06\/05\/venise-55-biennale\/","title":{"rendered":"VENISE: 55\u00b0 BIENNALE"},"content":{"rendered":"<p>((\/public\/.maria_Lassnig_m.jpg|maria Lassnig||maria Lassnig, juin 2013)) peinture de Maria Lassnig. Que faire quand on est un jeune et brillant conservateur du New Museum of New York, quand on a presque quarante ans et qu\u2019on vient de vous choisir pour pr\u00e9senter au monde une Biennale qui va rassembler pr\u00e8s de cent pays et des milliers de visiteurs ?<br \/>\n<!--more--><br \/>\nCette question, bien des responsables de cette \u00ab mostra d\u2019arte \u00bb la plus prestigieuse du monde, se la sont \u00e9videmment pos\u00e9e et nombreux sont ceux qui comme en son temps Harald Szeemann r\u00eavent toujours de faire l\u2019exposition qui fera date. Mais pour cela, il faut une id\u00e9e et une grande id\u00e9e si possible. L\u2019id\u00e9e de notre jeune conservateur sera celle du savoir encyclop\u00e9dique et du r\u00e9pertoire artistique qu\u2019il convoque. En un mot : que peut-on savoir de l\u2019homme et du monde par le biais de l\u2019art ? Certes, la science ou la philosophie, les sciences humaines, la psychanalyse, la litt\u00e9rature seront d\u2019un grand recours, mais p\u00e9n\u00e9trer dans le \u00ab Palais encyclop\u00e9dique \u00bb comme le r\u00eavaient les hommes de la Renaissance est peut-\u00eatre le r\u00eave ultime de l\u2019homme au XXI\u00b0 si\u00e8cle. Et voil\u00e0 comment ce \u00ab Palazzo enciclopedico \u00bb a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 Massimiliano Gioni par une r\u00e9flexion conduite dans les pas d\u2019un artiste et penseur am\u00e9ricain des ann\u00e9es cinquante, M.Auriti qui avait le premier imagin\u00e9 le \u00ab Palazzo mentale \u00bb de notre modernit\u00e9. Au c\u0153ur de ce projet se trouve l\u2019id\u00e9e selon laquelle il est possible de saisir et de restituer les images qui ont pu incarner la connaissance intime et l\u2019exp\u00e9rience du monde. C\u2019est donc une sorte d\u2019anthropologie en images qu\u2019il s\u2019agit de traquer puisque le monde se donne de plus en plus comme image et monde d\u2019images. \u00c0 ce stade, on effacera la distinction entre art noble et art populaire, entre professionnel et amateur, on prendra l\u2019art tel qu\u2019il est, tel qu\u2019il se donne dans les ateliers comme dans les maisons de fous, dans l\u2019art brut ou primitif et dans ses formes les plus \u00e9labor\u00e9es sensibles d\u2019abord \u00e0 l\u2019expressivit\u00e9 et au sens, davantage qu\u2019\u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 des d\u00e9marches. Ce brassage, cet \u00ab all over \u00bb est bien de notre temps et cette ind\u00e9finition est, selon son auteur, porteuse de sens tout autant que celle de l\u2019histoire de l\u2019art comme telle. Et d\u2019abord, c\u2019est une chose mentale, autrement dit qu\u2019\u00e0 la fa\u00e7on de Vinci Gioni \u00e9crit : \u00ab The Encyclopedic Palace is a show about seeing with eyes shut \u00bb. On passera donc du \u00ab Liber Novus \u00bb (le livre rouge du psychanalyste Carl Gustav Jung) aux compositions d\u2019Augustin Lesage, de Dorothea Tanning \u00e0 Frederich Schr\u00f6der Sonnenstern, de Guo Fengyi aux agathes collectionn\u00e9es par Roger Caillois ou au cabinet d\u2019amateur de Breton, de l\u2019univers de Schnyder aux toiles Vaudou ou aux images shamaniques des \u00eeles Salomon comme aux peintures tantriques du Radjhastan. L\u2019art voyage ainsi sans fronti\u00e8re entre des univers inspir\u00e9s, \u00e0 la recherche de soi, de la connaissance, dans ce palais imaginaire b\u00e2ti sur des plans invisibles. Cependant le commissaire pr\u00e9vient : ce qui l\u2019int\u00e9resse dit-il ce n\u2019est pas le spiritisme ou l\u2019occultisme en tant que tels, mais les images que les artistes tirent de l\u00e0, c\u2019est l\u2019artiste comme medium capable de traduire quelque chose de la r\u00e9alit\u00e9 et de l\u2019humaine condition. Ce qu\u2019il traque au plus pr\u00e8s, c\u2019est la cr\u00e9ation artistique en tant que telle, quelle que soit la situation dans laquelle elle \u00e9merge. Cela rappelle en plus radical un type d\u2019approche qu\u2019on avait pu voir avec \u00ab les magiciens de la terre \u00bb. Certes, ce n \u2018est pas la m\u00eame chose ici car il s\u2019y m\u00eale encore cette recherche du sens et de la connaissance, mais cet \u00ab air du temps \u00bb souffle dans les 45 000m2 de l\u2019arsenal ou tous ces artistes sont pr\u00e9sent\u00e9s. Aussi lorsqu\u2019au d\u00e9tour d\u2019une all\u00e9e on tombe sur un espace confi\u00e9 \u00e0 Cindy Sherman qui nous ouvre son mus\u00e9e personnel d\u2019images rassembl\u00e9es, de peintures votives ou de sculptures mystiques on se trouve alors en terrain connu et on reprend un peu pied et ce d\u2019autant plus que c\u2019est dans cette section que sont pr\u00e9sent\u00e9es les \u0153uvres puissantes de Cathy Wikes, de Fr\u00e9d\u00e9ric Schnyder, ou de Marisa Merz.  C\u2019est \u00e0 cette derni\u00e8re qu\u2019est attribu\u00e9 le Lion d\u2019Or de Venise 2013 ainsi qu\u2019\u00e0 Maria Lassnig pr\u00e9sent\u00e9e elle au pavillon central, une peinture dont la puissance expressive pousse aux extr\u00eames la repr\u00e9sentation du corps, de la chair dans un dessin d\u2019une force rare. (Le Lion d\u2019or \u00e0 cette dame de 91 ans est une tardive mais juste r\u00e9compense). On comprend alors mieux le dessein de cet ambitieux commissaire : nous proposer  une construction mentale objective, saisissable dans les traces d\u2019artistes de tous horizons comme en un d\u00e9lire conscient qui cherche \u00e0 saisir la totalit\u00e9 des mondes possibles dans leur expression tout en sachant que cette ambition ne peut \u00eatre que d\u00e9\u00e7ue. C\u2019est sur cette frustration me semble-t-il que joue la proposition qui \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre totalement convaincante est de nature \u00e0 \u00e9veiller la curiosit\u00e9. L\u2019autre aspect de la Biennale, ce sont les pavillons des pays invit\u00e9s (88 cette ann\u00e9e) o\u00f9 la plupart du temps on demande \u00e0 un artiste de faire un show, de produire une mise en sc\u00e8ne si possible m\u00e9taphorique de nature \u00e0 fixer l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique et d\u2019assurer le spectacle. Dans ce genre, les Russes avec leur pluie de pi\u00e8ces d\u2019or sur la t\u00eate des visiteurs, les espagnols avec leur tas de gravats emplissant les salles, les am\u00e9ricains avec la prolif\u00e9ration des \u0153uvres de Sarah Szeh ont rempli le contrat. On passe, on regarde, on sourit ou pas et on continue son chemin. Seul le pavillon belge avec ce bel arbre bless\u00e9 (Cripplewood \u2013estropi\u00e9) de Berlinde de Bruyckere nous aura paru d\u00e9passer son propos en induisant une vraie \u00e9motion (compassion) tant le rapport \u00e0 l\u2019objet d\u00e9passe l\u2019intention et propose une \u0153uvre d\u2019art. Mais dans ce secteur, il est vrai, la visite est plus balis\u00e9e pour l\u2019amateur d\u2019art. On aura quand m\u00eame du mal \u00e0 comprendre pourquoi le Lion d\u2019or aura \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au pavillon de l\u2019Angola sinon en un clin d\u2019\u0153il o\u00f9 l\u2019ironie se m\u00eale \u00e0 la provocation. Qu\u2019on en juge : c\u2019est dans un d\u00e9licieux petit palais o\u00f9 loge la Fondation Cini et o\u00f9 l\u2019on peut voir des toiles uniques de Pontormo,(portrait de deux amis) de Boticcelli, de Piero della Franscesca (une vierge \u00e0 l\u2019enfant) et quantit\u00e9 de vierges \u00e0 l\u2019enfant qui sont des merveilles, que s\u2019empilent au sol des tas d\u2019affiches dans lesquelles puisent les visiteurs lesquelles sont des photographies d\u2019Edson Chagas qui repr\u00e9sentent des murs et des objets sous le titre de \u00ab Luanda Encyclopedic city \u00bb. Faut-il y voir un \u00e9cho du \u00ab Palazzon enciclopedico \u00bb, toujours est-il que la plupart de ceux qui ont fait une ou deux heures de queue pour p\u00e9n\u00e9trer par petits groupes dans ce lieu en ressortent perplexes. Un pi\u00e8ge pour \u00ab happy few \u00bb ou un hommage tardif \u00e0 \u00ab l\u2019arte povera \u00bb, on se demande. Tout cela alors que le succ\u00e8s public et la beaut\u00e9 de la proposition fran\u00e7aise au pavillon Allemand avec Anri Sala (Ravel\/Unravel) par sa force, sa singularit\u00e9 et sa profondeur appelait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence \u00e0 \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e comme la plus belle \u0153uvre de la biennale. Sans chauvinisme. Mais il faut \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nement mondial son petit scandale qui mieux qu\u2019autre chose assurera le Buzz comme on dit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>((\/public\/.maria_Lassnig_m.jpg|maria Lassnig||maria Lassnig, juin 2013)) peinture de Maria Lassnig. 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