{"id":4,"date":"2009-06-09T08:56:00","date_gmt":"2009-06-09T08:56:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=4"},"modified":"2019-04-03T15:38:54","modified_gmt":"2019-04-03T13:38:54","slug":"venise-53-biennale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2009\/06\/09\/venise-53-biennale\/","title":{"rendered":"VENISE 53\u00b0 Biennale"},"content":{"rendered":"<p>Arriv\u00e9e \u00e0 Venise Marco Polo, cette fois, de nuit et sous la pluie. Dernier avion, dernier vaporetto et dans les vitres fouett\u00e9es d\u2019une petite pluie chaude, Murano, Le Lido et arriv\u00e9e sur le grand canal. C\u2019est comme s\u2019il y avait eu un pr\u00e9ambule, un avant lever de rideau. Les autres fois, on arrivait \u00e0 Venise par le train ou l\u2019avion et l\u2019on avait une premi\u00e8re impression, la ville si petite cal\u00e9e dans sa lagune, la piste d\u2019atterrissage au ras de l\u2019eau et enfin le bateau qui vous faisait entrer par les canaux ouvrant sur les \u00ab fondamente nuove \u00bb. L\u00e0, on \u00e9tait entr\u00e9s sans voir, directement du hall de l\u2019a\u00e9roport au hall de l\u2019h\u00f4tel&#8230;<br \/>\n<!--more--><br \/>\n((\/public\/.biennale_m.jpg|biennale.JPG||biennale.JPG, juin 2009)) Le lendemain pourtant c\u2019est toujours le m\u00eame enchantement, la fen\u00eatre ouverte sur le grand canal, les \u00e9glises du Palladio : San Giorgio, Le Redentore et m\u00eame les Zitelle dessinent le fond d\u2019un d\u00e9cor unique, La Salute et la douane de mer marquent la pointe du grand canal et c\u2019est tout un \u00e9nervement de bateaux divers, de vaporetti, de gondoles, de barques de chargement, de \u00ab kris krafts \u00bb luisants et de gros paquebots qui se croisent comme des carpes dans un bassin japonais. L\u2019eau change de couleur avec le ciel, tant\u00f4t verte, tant\u00f4t sombre, tant\u00f4t bleue de porcelaine, c\u2019est l\u2019inexplicable lumi\u00e8re de Venise qui attira tant de peintres et fit de la peinture de Venise le rendez-vous de la couleur et des coloristes : Le Titien, Tintoret, V\u00e9ron\u00e8se. Du reste lorsqu\u2019on l\u00e8ve la t\u00eate \u00e0 Venise, on ne voit pas seulement des monuments, des palais, des \u00e9glises, on voit des peintures, on voit Guardi, Longhi, Canaletto. Dans \u00ab la Recherche \u00bb Proust regardant les peintures au mus\u00e9e y reconnaissait le manteau de Fortuny offert \u00e0 Albertine et \u00e0 St Marc encore, il reconna\u00eet \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui une vieille femme qu\u2019il avait vue dans le tableau de Ste Ursule du Carpaccio. Venise est un roman, c\u2019est connu et aussi un mus\u00e9e. Belle occasion d\u2019aller v\u00e9rifier aux \u00ab Giardini \u00bb si la cr\u00e9ation contemporaine est \u00e0 la hauteur de ce d\u00e9fi. Disons-le tout de suite, l\u2019\u00e9dition 2009 semble un peu en retrait sur les \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes, le jeune commissaire su\u00e9dois, Daniel Birnbaum,   tout aur\u00e9ol\u00e9 de ses pr\u00e9c\u00e9dentes pr\u00e9sidences de biennales \u00e0 travers le monde s\u2019est donn\u00e9 ici une maxime : \u00ab Fare Mundi \u00bb, faire monde, puisqu\u2019il faut d\u00e9sormais \u00e0 ce genre de rencontre un th\u00e8me f\u00e9d\u00e9rateur. Faire monde ! On a vu des ambitions plus modestes ! mais je m\u2019\u00e9gare, \u00ab mundi \u00bb est un pluriel et c\u2019est donc \u00ab faire des mondes \u00bb qu\u2019il faut entendre en \u00e9cho au livre de Nelson Goodman abondamment cit\u00e9 : \u00ab Mani\u00e8res de faire des mondes \u00bb. Des mondes donc. Chaque artiste \u00e9tant invit\u00e9 \u00e0 montrer moins des \u0153uvres que des univers. Commen\u00e7ons par le pavillon fran\u00e7ais dont on sait tout, d\u00e9j\u00e0, avant de le voir et du reste la visite n\u2019apporte rien qu\u2019on ne savait  d\u00e9j\u00e0. On avait connu Claude L\u00e9v\u00eaque plus subtil, plus fragile, plus fort, dans quelques \u0153uvres touchantes m\u00ealant enfance et imaginaire, ici on a l\u2019impression qu\u2019il a voulu forcer le trait et puisqu\u2019il s\u2019agit de repr\u00e9senter la France \u00e0 l\u2019international, allons-y pour son meilleur produit d\u2019exportation : la R\u00e9volution, le \u00ab grand soir \u00bb appel\u00e9 de leurs v\u0153ux par les anarchistes. Le pavillon plong\u00e9 dans le noir est \u00e9clair\u00e9 d\u2019ampoules en partie haute qui r\u00e9fl\u00e9chissent un d\u00e9cor argent\u00e9 ; L\u2019int\u00e9rieur est cern\u00e9 de grilles d\u2019acier \u00e0 la fa\u00e7on des tunnels o\u00f9 on l\u00e2che les fauves dans les cirques sur un plan en croix de sorte que chaque tunnel (a part celui de l\u2019entr\u00e9e) aboutit \u00e0 une impasse, une grille derri\u00e8re laquelle flotte un drapeau noir luisant projetant son ombre encore plus sombre sur le mur. Le message est clair, semble-t-il : le \u00ab  grand soir \u00bb est une impasse. Ah bon ? Certes Lev\u00eaque a r\u00e9pondu \u00e0 la question pos\u00e9e, mais par un lieu commun. Bruce Nauman n\u2019est aux \u00ab Giardini \u00bb gu\u00e8re plus convaincant, il faudra aller jusqu\u2019\u00e0 la Ca\u2019Foscari  pour voir se d\u00e9ployer sa v\u00e9ritable dimension avec des pi\u00e8ces anciennes comme les ronds de fum\u00e9e, la cage de fer ou le chemin sonore. Ici, la belle enseigne lumineuse, \u00ab The True Artist Helps the World by revealing Mystic Truths \u00bb de 1967 est comme engonc\u00e9e et l\u2019ambition, des commissaires de pr\u00e9senter quarante ann\u00e9es de cr\u00e9ation est singuli\u00e8rement \u00e9triqu\u00e9e et convenue. Mais il est vrai qu\u2019on voit beaucoup de n\u00e9ons, de fontaines, les s\u00e9ries de mains et ce n\u2019est pas son moindre m\u00e9rite que de les rassembler afin d\u2019en avoir une vue d\u2019ensemble, occasion assez rare pour se convaincre que l\u2019on a l\u00e0 affaire \u00e0 un artiste singulier qui, bien entendu, \u00e0 un monde \u00e0 lui, dans lequel les correspondances entre le formel, l\u2019\u00e9motionnel du corps et de l\u2019id\u00e9e se m\u00ealent en des relations aux modalit\u00e9s infinies. Nettement plus convaincant et r\u00e9ussi est le pavillon polonais (Krzysztof Wodiczko) qui pr\u00e9sente une s\u00e9rie de videos murs et plafond o\u00f9 sur fond de murs transparents et opaques inscrits dans des ouverture en vo\u00fbtes s\u2019activent des immigr\u00e9s sans papiers vou\u00e9s aux petits m\u00e9tiers de la d\u00e9brouille et de l\u2019usage. Un texte commente cette situation, c\u2019est fort, c\u2019est beau, c\u2019est touchant et r\u00e9ussi, sans doute la proposition la meilleure quant au sujet et \u00e0 la d\u00e9monstration. Mon coup de c\u0153ur en revanche ira au pavillon russe : Alexei  Kallima le Tchetch\u00e8ne et ses foules vocif\u00e9rantes qui r\u00e9unies au stade r\u00e9veillent le souvenir d\u2019autres foules et d\u2019autres temps autrement terribles mais comparables au fond. Il y a aussi cette victoire de Samothrace qui se colore de p\u00e9trole ou de sang ou les deux, une \u00e9vocation assez terrible des conflits dans le Caucase. Et enfin il y a Pavel Pepperstein, une v\u00e9ritable d\u00e9couverte, un dessinateur hors pair qui joue avec les codes du supr\u00e9matisme russe et avec les symboles de l\u2019histoire sovi\u00e9tique. \u00c0 noter encore la visite (sans surprise) du pavillon espagnol o\u00f9 exposait Miguel Barcelo dont je retiendrai le formidable talent de sculpteur, pour l\u2019instant de vases et r\u00e9cipients mais l\u2019exemple de son corps \u00e0 corps avec le chor\u00e9graphe Joseph Nadj ouvre de nouvelles et remarquables possibilit\u00e9s. La visite \u00e0 l\u2019arsenal est plus terne, apr\u00e8s un accueil l\u00e0 aussi dans le noir, la belle \u0153uvre de Ligya Pape \u00e9claire d\u2019un rayon dor\u00e9 un plateau sombre comme des rais de lumi\u00e8re. C\u2019est du reste ce que je retiendrai, cette lutte de l\u2019obscurit\u00e9 et de la lumi\u00e8re qui semble hanter ces b\u00e2timents depuis longtemps. Et puis ce sont les miroirs bris\u00e9s de Pistoletto comme une m\u00e9taphore d\u2019un visible qui n\u2019est plus repr\u00e9sentable. Etonnamment, cette \u0153uvre fait \u00e9cho \u00e0 la video de Steve Mac Queen au pavillon anglais, tout orient\u00e9e sur le vide, le silence, les d\u00e9chets entass\u00e9s dans les Giardini une fois la f\u00eate finie. Les pavillons sont vides et d\u00e9serts, leurs fen\u00eatres sont prot\u00e9g\u00e9es par des planches clou\u00e9es, les arbres ont perdu leurs feuilles et quelques chiens, tr\u00e8s beaux du reste, des Sloughis sans doute,   l\u00e9vriers superbes, fouillent les d\u00e9tritus. Le temps de cette vid\u00e9o est lent, sans asp\u00e9rit\u00e9, quelques silhouettes furtives passent dans la nuit, un visage \u00e9clair\u00e9 par une cigarette, une \u00e9treinte d\u2019hommes et puis rien, comme si le vertige de l\u2019art dissip\u00e9, les jardins rendus \u00e0 leur nuit, le monde qui \u00e9tait le sujet de la biennale \u00e9tait rendu \u00e0 son indiff\u00e9rence, \u00e0 sa grisaille, \u00e0 son quotidien indiquant assez qu\u2019il ne suffit pas de \u00abfaire des mondes \u00bb pour \u00ab faire un monde \u00bb. Conclusion somme toute assez pessimiste de cette biennale dont on retiendra encore Elke Kristufek au pavillon autrichien et Tomas Saraceno avec son immense toile d\u2019araign\u00e9e au pavillon international. Et ce n\u2019est pas l\u2019univers (le monde) de village africain \u00e0 l\u2019heure de la video, assez r\u00e9ussi de Pascale Martine Tayou marquant l\u2019hybridation des cultures bien plus fortement que nos discours sur la diversit\u00e9 qui y changera quelque chose. Et puis le soir, soudain, alors que rien ne le laissait pr\u00e9voir, voici \u00ab l\u2019aqua alta \u00bb qui se met \u00e0 sourdre des puits d\u2019\u00e9vacuation place St Marc et ailleurs en ville. Les v\u00e9nitiens blas\u00e9s ressortent leurs bottes, les touristes pataugent, leurs souliers \u00e0 la main, et la basilique St Marc dans le soir tombant se refl\u00e8te dans l\u2019eau comme en un miroir. C\u2019est magique et l\u00e9g\u00e8rement angoissant. Plus loin les gondoles secou\u00e9es par la houle qui monte et l\u2019eau qui affleure le sol se dandinent sous leurs capes bleues, un bonheur pour les photographes ! On se h\u00e2te malgr\u00e9 tout vers les h\u00f4tels. Le lendemain tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre\u2026jusqu\u2019\u00e0 la prochaine fois. L\u2019\u00e9v\u00e9nement pourtant cette ann\u00e9e, ce ne fut pas tant la biennale elle-m\u00eame que l\u2019inauguration et l\u2019ouverture au public de la \u00ab Dogana de Mare \u00bb o\u00f9 la fondation Pinault expose un ensemble d\u2019\u0153uvres remarquables dans un lieu restaur\u00e9 par l\u2019architecte japonais Tadeo Ando. La r\u00e9ussite de l\u2019ensemble saute aux yeux, les artistes pr\u00e9sent\u00e9s, notamment les fr\u00e8res Chapman, l\u2019italien Maurizio Catelan, sont de premi\u00e8re importance et l\u2019on se dit que vraiment la France, en compliquant \u00e0 plaisir le projet de F.Pinault \u00e0 l\u2019\u00eele Seguin Paris a rat\u00e9 une formidable aventure. Mais cependant \u00e0 quelque chose malheur est bon, il y a l\u00e0 une opportunit\u00e9 \u00e0 saisir. Au fond en installant sa fondation en deux lieux inspir\u00e9s de Venise, le Palazo Grassi et la Dogana, Pinault ne fait pas autre chose que ce que fit au lendemain de la guerre Peggy Guggenheim en installant sa collection \u00e0 Venise. Rappelons-nous, la France alors pensait na\u00efvement que l\u2019\u00e9cole de Paris \u00e9tait la plus importante au monde et en couronnant Rauschenberg, la biennale de Venise marqua la d\u00e9finitive supr\u00e9matie du Pop Art am\u00e9ricain sur l\u2019art fran\u00e7ais. Le porte-avion que constituait la fondation Guggenheim, resta d\u00e9finitivement ancr\u00e9 sur le grand canal. La fondation Pinault pourrait repr\u00e9senter pour l\u2019art fran\u00e7ais enfin une opportunit\u00e9 mondiale qu\u2019il n\u2019a pas connue depuis longtemps, mais il faudra beaucoup de diplomatie et d\u2019entregent pour que le milliardaire Pinault accepte d\u2019amener le drapeau breton qui flotte sur ses \u00e9tablissements v\u00e9nitiens et hisse enfin le drapeau fran\u00e7ais ! Sinon, nous ferons encore rire \u00e0 nos d\u00e9pens et \u00e0 ceux des artistes fran\u00e7ais. R\u00e9flexion faite, je ne quitterai cependant pas Venise sans aller une derni\u00e8re fois voir \u00ab mes \u00bb Carpaccio \u00e0 San Giorgio degli Schiavoni. Un lieu inspir\u00e9 d\u2019un temps o\u00f9 la peinture se posait moins de questions sur elle-m\u00eame et o\u00f9 elle r\u00e9gnait en souveraine de la repr\u00e9sentation<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arriv\u00e9e \u00e0 Venise Marco Polo, cette fois, de nuit et sous la pluie. 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