{"id":47,"date":"2014-05-18T16:17:00","date_gmt":"2014-05-18T16:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=47"},"modified":"2019-04-03T15:37:59","modified_gmt":"2019-04-03T13:37:59","slug":"monumenta-les-khabokov-letrange-cite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2014\/05\/18\/monumenta-les-khabokov-letrange-cite\/","title":{"rendered":"MONUMENTA: LES KHABOKOV: L&rsquo;\u00c9TRANGE CIT\u00c9."},"content":{"rendered":"<p>((\/public\/images-1.jpeg|Le pavillon rouge||Le pavillon rouge, mai 2014))Mes pas me portent vers le Grand Palais qui expose le couple Ilya et Emilia Kabakov. C\u2019est la \u00ab Monumenta  2014 \u00bb qui avait bien failli ne pas avoir lieu dans la pr\u00e9cipitation qui avait suivi la derni\u00e8re \u00e9lection pr\u00e9sidentielle o\u00f9 l\u2019on voulait effacer tout signe de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avant. Heureusement quelques sages conseils plus tard\u2026<br \/>\n<!--more--><br \/>\nHeureusement oui, car cette exposition inattendue qui ne rend nullement hommage au lieu qui l\u2019accueille (\u00e0 l\u2019inverse de celle tr\u00e8s d\u00e9corative de Buren qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e) fait bien mieux, elle installe au c\u0153ur de Paris une question artistique formul\u00e9e de main de ma\u00eetre. \u00ab L\u2019\u00e9trange cit\u00e9 \u00bb, car tel est son nom puise ses r\u00e9f\u00e9rences dans la p\u00e9riode de la renaissance comme dans celle du futurisme et des utopies du XX\u00b0 si\u00e8cle, elle propose un cheminement mental entre r\u00eaves et r\u00e9alit\u00e9 dont l\u2019art a le privil\u00e8ge. C\u2019est presque un parcours initiatique, c\u2019est en tout cas une \u00e9nigme ou un r\u00e9bus qu\u2019on est invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre quant \u00e0 savoir o\u00f9 l\u2019on est et ou l\u2019on en est de l\u2019art, de la vie et de l\u2019imaginaire. En fait, les Kabakov, nous invitent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir un instant sur la condition humaine, c\u2019est assez rare pour \u00eatre signal\u00e9. Pour ma part, le souvenir que je garde de ces artistes est celui du pavillon russe qu\u2019ils occup\u00e8rent peu de temps apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, en 1993. L\u2019ouvre s\u2019intitulait : \u00ab The Red Pavilion \u00bb. On devait passer des murs de palissades de bois, comme dans un chantier, puis entrait alors dans un b\u00e2timent  au sol d\u00e9fonc\u00e9, aux murs d\u00e9labr\u00e9s, aux fen\u00eatres branlantes comme si un ouragan l\u2019avait d\u00e9vast\u00e9 et on pouvait alors contempler depuis le balcon un petit jardin au fond duquel, un kiosque en bois peint, un peu isol\u00e9, un peu minable d\u00e9cor\u00e9 d\u2019ampoules \u00e9lectriques de couleur diffusait une musique d\u2019un autre temps, quelque air folklorique ou r\u00e9volutionnaire o\u00f9 l\u2019on reconnaissait quelques notes de l\u2019Internationale. Mais la voie \u00e9tait impraticable et l\u2019on devait se contenter de regarder de loin avant de sortir. En somme, la r\u00e9volution pass\u00e9e, que reste-t-il sinon quelques airs nostalgiques dans quelque fond de jardin public et un immense g\u00e2chis. C\u2019\u00e9tait en tout cas, l\u2019impression que j\u2019en avais gard\u00e9e. Aussi lorsque je p\u00e9n\u00e9trais dans un pavillon du grand Palais o\u00f9 \u00e9tait reconstitu\u00e9e une salle de mus\u00e9e qui aurait pu \u00eatre du Louvre ou de l\u2019Ermitage avec ses dorures, ses \u00e9clairages, son parquet, ses bancs pour admirer des cimaises vides mais \u00e9clair\u00e9es d\u2019o\u00f9 avaient disparu tout tableau, l\u2019image de Venise me revint en m\u00e9moire. C\u2019\u00e9tait la m\u00eame ironie triste et d\u00e9sol\u00e9e : eh oui, mes amis, la peinture a d\u00e9sert\u00e9 les lieux de l\u2019art, les cimaises sont vides, l\u2019art se passe ailleurs quand il se passe, en tout cas, on a chang\u00e9 de paradigme et l\u2019oeuvre que je vous pr\u00e9sente en est l\u2019illustration ! Une id\u00e9e me direz-vous, oui, mais qui vous fait penser en acte, qui vous fait \u00e9prouver sa v\u00e9rit\u00e9 par la sensation et non par son seul concept, une \u0153uvre d\u2019art en somme. On ne saurait tout citer, mais chaque pavillon est de cette tenue, que ce soit le \u00ab Centre de l\u2019\u00e9nergie cosmique \u00bb qui renvoie aux travaux de Tatline et des utopistes qui, depuis la Renaissance jusqu\u2019\u00e0 la grande p\u00e9riode sovi\u00e9tique, ont donn\u00e9 forme aux r\u00eaves les plus fous. Ainsi ces deux chapelles aux formes int\u00e9rieures des \u00e9glises de la renaissance dans lesquelles on trouve des fresques et des tableaux. Dans l\u2019une : la chapelle blanche, des traces de fresques subsistent sur fond blanc avant qu\u2019on ne remarque que celles-ci sont des tableaux  de l\u2019\u00e9poque du r\u00e9alisme socialiste en voie d\u2019effacement, et dans l\u2019autre qui lui fait pendant, la chapelle sombre, une immense installation baroque de grands tableaux font eux, r\u00e9f\u00e9rence aux images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es de l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique aussi qu\u2019on peut voir encore aujourd\u2019hui au mus\u00e9e d\u2019art moderne de Moscou. Mais c\u2019est peut-\u00eatre le pavillon qui traite de la chute de l\u2019ange, propos r\u00e9current dans l\u2019\u0153uvre de Kabakov, qui est \u00e0 la fois le  plus po\u00e9tique et le plus m\u00e9taphysique de cette installation. L\u2019ange en effet, celui qui vole dans toute la tradition de la peinture occidentale est ici assimil\u00e9 \u00e0 une aspiration au meilleur et \u00e0 la spiritualit\u00e9, mais il chute dans des dessins, entre les immeubles, entre les rues, victime du mat\u00e9rialisme, de l\u2019\u00e9chec de nos aspirations, de notre d\u00e9faut de civilisation. La mise en sc\u00e8ne de cette installation me rappelle ces vers de Rilke : \u00ab Si l\u2019archange aujourd\u2019hui, proph\u00e8te des \u00e9toiles, ne faisait vers nous qu\u2019un seul pas, dans son sursaut soudain, notre c\u0153ur, nous tuerait. Qui \u00eates-vous, oiseaux presque mortels de l\u2019\u00e2me ? \u00bb On ne peut pas dire que la proposition de Kabakov ne soit pas \u00e0 la hauteur. Un mot encore pour signaler ce pavillon qui fait tant penser \u00e0 la chapelle de Rothko \u00e0 Houston, mais ici les tableaux qui l\u2019habitent montrent des portes peintes sur des fonds qui les absorbent et les font dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019horizon. Elles \u00e9voquent le passage, le franchissement du seuil, elles sont une m\u00e9taphore de l\u2019art et elles sont sublimes. \u00c0 elles seules elles vaudraient le d\u00e9placement, c\u2019est assez dire la merveille de cette exposition, sans doute l\u2019une des moins \u00ab tape \u00e0 l\u2019\u0153il \u00bb de ce registre du Monumenta, mais \u00e0 coup s\u00fbr, l\u2019une des plus belles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>((\/public\/images-1.jpeg|Le pavillon rouge||Le pavillon rouge, mai 2014))Mes pas me portent vers le Grand Palais qui expose le couple Ilya et Emilia Kabakov. 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