{"id":532,"date":"2019-06-04T17:11:48","date_gmt":"2019-06-04T15:11:48","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=532"},"modified":"2019-07-07T19:04:33","modified_gmt":"2019-07-07T17:04:33","slug":"la-biennale-dart-contemporain-de-venise-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2019\/06\/04\/la-biennale-dart-contemporain-de-venise-2019\/","title":{"rendered":"LA BIENNALE D\u2019ART CONTEMPORAIN DE VENISE 2019"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"575\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Swinguera-1-1024x575.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-534\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Swinguera-1-1024x575.jpg 1024w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Swinguera-1-300x168.jpg 300w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Swinguera-1-768x431.jpg 768w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Swinguera-1-1200x674.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption>Swinguerra<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<hr \/>\n<p>\u00c0 quoi sert une Biennale d\u2019art contemporain\u00a0? \u00c0 savoir o\u00f9 l\u2019on en est de l\u2019art de notre temps, dit par commodit\u00e9 et redondance\u00a0: contemporain.<\/p>\n<p>A quoi reconna\u00eet-on aujourd\u2019hui une Biennale d\u2019art\u00a0? Au fait qu\u2019on n\u2019y parle qu\u2019en Anglais et qu\u2019on n\u2019y voie que des images \u00ab\u00a0am\u00e9ricaines\u00a0\u00bb, un art, en somme, d\u00e9fini par la conception am\u00e9ricaine de l\u2019art, quelles que soient par ailleurs les origines des artistes\u00a0! De ce point de vue-l\u00e0, la 58\u00b0 Biennale de Venise 2019, ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Le casse-t\u00eate de ce concours international de beaut\u00e9 est qu\u2019il faut \u00e0 chaque fois choisir un commissaire qui va cr\u00e9er l\u2019\u00e9v\u00e9nement en proposant sa vision du monde de l\u2019art et des artistes. C\u2019est donc \u00e0 tout le moins une approche g\u00e9n\u00e9rale de la question au travers d\u2019un temp\u00e9rament. Les dirigeants de la biennale de Venise ont choisi cette ann\u00e9e l\u2019Am\u00e9ricain Ralph Rugoff qui dirige une grande galerie londonienne et s\u2019est fait d\u00e9j\u00e0 remarquer en 2015 \u00e0 Lyon est bien celui qui convient \u00e0 la d\u00e9finition. Le titre d\u00e9j\u00e0\u00a0: \u00ab<em>\u00a0May You Live in Interesting Times\u00a0<\/em>\u00bb (puissiez-vous vivre en des temps int\u00e9ressants) est \u00e0 prendre \u00e0 double sens. Rien d\u2019\u00e9tonnant alors \u00e0 ce qu\u2019on ait l\u2019impression de se trouver en Am\u00e9rique dont les artistes sont surrepr\u00e9sent\u00e9s et les Europ\u00e9ens plut\u00f4t absents. Quant aux \u00ab\u00a0magiciens du monde\u00a0\u00bb, ils parlent tous le langage de l\u2019art international am\u00e9ricain, je veux dire par l\u00e0 que les questions de forme et de contenu sont fortement polaris\u00e9es par l\u2019id\u00e9ologie am\u00e9ricaine du moment\u00a0: racisme, m\u00e9tissage, genre, f\u00e9minit\u00e9, d\u2019une part, migration, oppression des peuples, \u00e9cologie de l\u2019autre. C\u2019est que les Etats-Unis ne jurent plus que par leurs artistes s\u00e9lectionn\u00e9s sur des crit\u00e8res ethniques ou de genre selon des mesures de s\u00e9lection de plus en plus contr\u00f4l\u00e9es, parfois au d\u00e9triment des crit\u00e8res purement artistiques, le tout dans un climat compassionnel g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. En outre, 26 des 83 artistes repr\u00e9sent\u00e9s vivent en Am\u00e9rique du Nord et pour faire bonne mesure, plus de la moiti\u00e9 sont des femmes, on ne peut faire plus politiquement correct. Nous sommes bien dans le \u00ab\u00a0mainstream\u00a0\u00bb mondialis\u00e9.<\/p>\n<p>Autre aspect, le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0New Technologies\u00a0\u00bb, le num\u00e9rique sous toutes ses formes qui tire vers le cin\u00e9ma pour les meilleures (Laure Prouvost au pavillon fran\u00e7ais par exemple) et les jeux vid\u00e9o pour les pires. Ajoutons-y le robot peintre du chinois Sun Yuan, au Pavillon des Giardini qui n&rsquo;en finit pas de nettoyer une tache de sang sans y parvenir. Un peu lourdement symbolique!<\/p>\n<p>Au reste, s\u00a0\u2018il fallait choisir une double image pour caract\u00e9riser cette Biennale, ce serait cette \u00ab\u00a0Barca Nostra\u00a0\u00bb de l\u2019artiste Suisse Christoph Buchtel transf\u00e9rant dans le plus grand secret le bateau naufrag\u00e9 de pr\u00e8s de mille r\u00e9fugi\u00e9s provenant d\u2019Erythr\u00e9e qui sombra en m\u00e9diterran\u00e9e en avril 2015, ou encore, cette installation vid\u00e9o de Barbara Wagner et Benjamin de Burca qui, avec \u00ab\u00a0Swinguierra\u00a0\u00bb (swing et guerre) opposent la danse populaire de la jeunesse du Nordeste Br\u00e9silien, sur fond de \u00ab\u00a0Soap Opera\u00a0\u00bb exprimant la r\u00e9volte d\u2019une jeunesse m\u00e9tiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9nergie communicatrice.<\/p>\n<p>Compassion et r\u00e9volte, voil\u00e0 depuis bien longtemps les lignes de force (ou la recette) de ce genre d\u2019\u00e9v\u00e8nements. L\u2019\u00e9dition 2019 n\u2019y faillit pas.<\/p>\n<p>Les moyens d\u2019y parvenir sont vari\u00e9s mais poursuivent le m\u00eame but, que ce soit par des technologies sophistiqu\u00e9es (terrifiante video d\u2019Artur Jafa sur les supr\u00e9matistes blancs ou encore le film du Ghan\u00e9en Jonh Akomfrah sur la catastrophe \u00e9cologique qui s\u2019annonce) ou par des travaux artisanaux comme ceux de Jimmie Durham (Lion d\u2019or de la Biennale 2019) connu pour ses positions anticolonialistes avec sa revendication indianiste qui n\u2019est pas exempte d\u2019ambigu\u00eft\u00e9, se mesurent \u00e0 cette aune.<\/p>\n<p>La question que l\u2019on se pose in\u00e9vitablement consiste \u00e0 se demander o\u00f9 nous en sommes avec l\u2019art aujourd\u2019hui\u00a0? Privil\u00e9gie-t-il la forme ou le contenu\u00a0? Que l\u2019art ait \u00e9t\u00e9 religieux avant-hier, id\u00e9ologique ou politique hier, politico social aujourd\u2019hui n\u2019a rien en soi d\u2019\u00e9tonnant. L\u2019art a toujours d\u00e9livr\u00e9 un message, \u00ab\u00a0servi\u00a0\u00bb \u00e0 quelque chose ou \u00e0 quelqu\u2019un, hier les puissants, aujourd\u2019hui le march\u00e9, soit. Mais en quoi est-il de l\u2019art, voil\u00e0 la question\u00a0? \u00c0 partir de quel moment transcende-t-il le message \u00e0 transmettre pour d\u00e9livrer quelque chose de purement artistique, d\u2019unique et d\u2019inattendu\u00a0? Pour \u00eatre clair, \u00e0 partir de quel moment une bande dessin\u00e9e de saints d\u2019\u00e9glises \u00e0 vis\u00e9e didactique devient-elle autre chose si c\u2019est Giotto qui la peint\u00a0? Et ainsi de suite \u00e0 toutes les \u00e9poques. \u00c0 partir de quel moment, la forme l\u2019emporte-t-elle sur le sens\u00a0? Quelle est la diff\u00e9rence entre le r\u00e9alisme socialiste et Malevitch\u00a0? C\u2019est l\u00e0 toute la question. Or \u00e0 Venise, comme ailleurs, on a l\u2019impression tout le temps que les bons sentiments \u00e9touffent la cr\u00e9ation ou pour le dire avec les mots de Braque, que les preuves fatiguent la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est pourquoi dans cette visite longue et astreignante de ces centaines d\u2019\u0153uvres, bien peu donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement des d\u00e9marches qui comptent artistiquement. Trop de recettes, de conventions, de mim\u00e9tismes, de conformismes qu\u2019accentue la tendance des d\u00e9cideurs \u00e0 se conformer \u00e0 ce mod\u00e8le (surtout dans les pavillons nationaux) trop de \u00ab\u00a0curators\u00a0\u00bb soucieux de carri\u00e8re et de promotion pour nous convaincre.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, cette Biennale \u00e0 forte teneur politique et sociale, tr\u00e8s politiquement correcte, avec son c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0parc d\u2019attraction\u00a0\u00bb ne laissera pas un grand souvenir d\u2019ensemble. Il y a cependant, comme toujours, des d\u00e9couvertes \u00e0 faire, des artistes \u00e0 d\u00e9couvrir et d\u2019autres \u00e0 oublier et c\u2019est bien ce qui vaut, malgr\u00e9 tout, le voyage. Le visiteur est en effet comme un chercheur d\u2019or disposant d\u2019un tamis dont la maille correspond \u00e0 la finesse d\u2019investigation et qui est la sienne et qui part \u00e0 la recherche de \u00ab\u00a0p\u00e9pites\u00a0\u00bb\u00a0: tel artiste ou telle \u0153uvre marquante. On comprendra donc que certains en reviennent enrichis et d\u2019autres bredouilles. Un qui n\u2019est jamais perdant en revanche, c\u2019est le march\u00e9 sur lequel tout cela se recycle.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 quoi sert une Biennale d\u2019art contemporain\u00a0? \u00c0 savoir o\u00f9 l\u2019on en est de l\u2019art de notre temps, dit par commodit\u00e9 et redondance\u00a0: contemporain. A quoi reconna\u00eet-on aujourd\u2019hui une Biennale d\u2019art\u00a0? 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