{"id":558,"date":"2019-06-06T15:46:23","date_gmt":"2019-06-06T13:46:23","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=558"},"modified":"2019-06-06T15:49:56","modified_gmt":"2019-06-06T13:49:56","slug":"biennale-iv-la-fondation-pinault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2019\/06\/06\/biennale-iv-la-fondation-pinault\/","title":{"rendered":"BIENNALE IV : LA FONDATION PINAULT"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"835\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/IMG_3605-835x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-559\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/IMG_3605-835x1024.jpg 835w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/IMG_3605-245x300.jpg 245w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/IMG_3605-768x942.jpg 768w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/IMG_3605-1200x1472.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption>Luc Tuyman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<p>Dans la bataille mondiale pour le \u00ab\u00a0<em>Soft Power\u00a0<\/em>\u00bb, la pr\u00e9sence d\u2019outils culturels de niveau international est essentielle. Longtemps \u00e0 Venise, la Fondation Guggenheim a rempli cet office. D\u00e9sormais, Fran\u00e7ois Pinault en investissant dans la Palazzo Grassi et \u00e0 la Dogana a modifi\u00e9 la donne et donn\u00e9 un coup de vieux au Guggenheim de Venise qui joue dans le registre des valeurs reconnues (Arp cette ann\u00e9e, Wols la derni\u00e8re fois), alors que la fondation Pinault campe sur le contemporain.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, on ne peut \u00e9viter ce parcours oblig\u00e9 que sont les expositions au Palazzo Grassi et \u00e0 la Dogana par o\u00f9 s\u2019exerce le rayonnement de cette fondation. Lors de la derni\u00e8re Biennale, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e l\u2019incroyable Odyss\u00e9e con\u00e7ue par Damien Hirst dont toute l\u2019astuce \u00e9tait de mettre en sc\u00e8ne le leurre de fausses \u00e9paves rep\u00each\u00e9es en mer moul\u00e9es en bronze et de vraies nomenclatures les d\u00e9crivant comme vraies.<\/p>\n<p>L\u2019ennui est que la fondation semble avoir pris go\u00fbt \u00e0 cette fa\u00e7on de pr\u00e9senter les choses et que nous avons d\u00e9sormais droit \u00e0 des expositions d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>art\u00a0avec mode d\u2019emploi\u00a0<\/em>\u00bb qui \u00e9nervent. Au Palazzo Grassi par exemple, on vous distribue un livret de 45 pages qui \u00e0 chaque tableau consacre une page, ce qui laisse bien peu de place au regard et \u00e0 l\u2019impression ressentie. Du reste, on se demande, si sans cela, l\u2019\u0153uvre serait m\u00eame visible. Pourtant Luc Tuymans est un artiste Belge connu et sa peinture en tons pastel, tr\u00e8s \u00e9vanescents, parfois monochromes, \u00e0 la limite du visible, pr\u00e9sente en soi un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat. Mais on est pri\u00e9 de savoir qu\u2019ici on \u00e9voque la Shoah, l\u00e0 les travaux de Freud, l\u00e0 encore le cin\u00e9ma de Lynch ou les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, l\u00e0 que l\u2019on fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u0153uvre ant\u00e9rieure, l\u00e0 encore \u00e0 un fait divers japonais et que l\u2019effacement des tons, des monoteintes est un effacement de m\u00e9moire. Soit\u00a0! Mais tr\u00e8s vite, on n\u2019en peut plus de voir tous les visiteurs suivre un jeu de piste en lisant avant de regarder ou sans regarder m\u00eame. On est pris soi-m\u00eame dans cet engrenage et on enrage d\u2019avoir \u00e0 consid\u00e9rer la peinture comme une illustration. On finit par jeter le mode d\u2019emploi, et l\u2019on s\u2019efforce de voir enfin avec nos propres yeux. Alors apparaissent des choses qui parlent d\u2019elles-m\u00eames comme cet inqui\u00e9tant clown au ballon ou cette nature morte qui fait penser \u00e0 Morandi plus qu\u2019au 11 septembre 2001 dont on nous dit qu\u2019elle est l\u2019\u00e9vocation.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Moins caricaturale, mais tout aussi didactique (n\u2019y a-t-il donc que des visites scolaires dans cette fondation\u00a0?) est celle de la Dogana qui s\u2019intitule\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Lugo et Segni\u00a0\u00bb (Lieu et signes) qui pr\u00e9sente des travaux d\u2019artistes de la fondation et des \u0153uvres plus connues ou d\u00e9j\u00e0 vues ici comme en entr\u00e9e d\u2019exposition ce grand rideau rouge de Gonzalez-Torres en allusion au Sida qui devait l\u2019emporter, derri\u00e8re lequel Roni Horn a dispos\u00e9 des po\u00e8mes d\u2019\u00c9mily Dickinson sur des grands b\u00e2tons appuy\u00e9s le long des murs. Dans une autre salle la m\u00eame artiste a dispos\u00e9 des sortes de blocs de verre p\u00e9trifi\u00e9 qui \u00e9voquent l\u2019eau prisonni\u00e8re de la glace toute pr\u00eate \u00e0 fondre (qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 Murano). Ces cylindres gel\u00e9s fascinent et le titre de cette installation\u00a0: \u00ab\u00a0Well and Truly\u00a0\u00bb convainc. On ne manquera pas non plus les tr\u00e8s beaux tirages argentiques de la photographe Berenice Abbott, ou les vid\u00e9os iconiques comme celle que Philippe Parreno a consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0Marylin\u00a0\u00bb en 2012 avec la complicit\u00e9 d\u2019Etel Adnan. Nous sommes avec le fant\u00f4me de Marylin dans sa chambre de l\u2019h\u00f4tel du Waldorf Astoria. Toujours fascinant. De m\u00eame, la vid\u00e9o que consacre Anri Sala aux \u00e9v\u00e8nements de la guerre de Yougoslavie (1395 jours sans rouge) o\u00f9 l\u2019on suit une jeune musicienne traversant la ville de Sarajevo assi\u00e9g\u00e9e pour se rendre \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition d\u2019orchestre qui joue la \u00ab\u00a0Path\u00e9tique\u00a0\u00bb de Tcha\u00efkovski qu\u2019elle se fredonne en marchant. La ville, la musique, le souffle\u00a0: 43 minutes, 46 secondes, c\u2019est parfois un peu long, mais convaincant.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, ce qui se passe \u00e0 Venise est fort int\u00e9ressant sous l&rsquo;angle consid\u00e9r\u00e9 des rapports de la France avec le reste du monde. L&rsquo;existence (enfin) de grands collectionneurs (m\u00eame si ces collections sont en grande partie compos\u00e9es d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;artistes am\u00e9ricains) permet \u00e0 notre pays, d\u00e9j\u00e0 de se hisser au niveau de l&rsquo;Allemagne ou de la Grande Bretagne qui ont suivi depuis longtemps les m\u00eames voies, mais encore en exportant notre savoir-faire en ce domaine et en mettant \u00e0 contribution nos grands mus\u00e9es nationaux comme le Louvre dans l&rsquo;op\u00e9ration Louvre Abu-Dhabi, ou encore le Centre Pompidou, de reprendre pied dans un domaine des avant postes desquels nous avions progressivement disparu. C&rsquo;est l\u00e0 le signe le plus encourageant relev\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 Venise en particulier.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la bataille mondiale pour le \u00ab\u00a0Soft Power\u00a0\u00bb, la pr\u00e9sence d\u2019outils culturels de niveau international est essentielle. 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