{"id":57,"date":"2014-12-23T12:21:00","date_gmt":"2014-12-23T12:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=57"},"modified":"2019-04-04T09:36:47","modified_gmt":"2019-04-04T07:36:47","slug":"un-depart-qui-mattriste-jacques-chancel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2014\/12\/23\/un-depart-qui-mattriste-jacques-chancel\/","title":{"rendered":"UN D\u00c9PART QUI M&rsquo;ATTRISTE: JACQUES CHANCEL"},"content":{"rendered":"<p>Il venait de publier son dernier livre (son journal des ann\u00e9es 2011\/2014) sous ce titre \u00e9nigmatique : \u00ab Pourquoi partir ? \u00bb et c\u2019\u00e9tait l\u00e0 tout l\u2019homme qui transformait en question ce qui est pour chacun une \u00e9vidence puisqu\u2019il faut bien partir un jour.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nIl y a un an \u00e0 peine, je venais de le recevoir pour son dernier livre : \u00ab la nuit attendra \u00bb, un beau titre pour une exp\u00e9rience douloureuse de c\u00e9cit\u00e9 v\u00e9cue dans sa jeunesse indochinoise apr\u00e8s avoir saut\u00e9 avec son v\u00e9hicule sur une mine du Viet-Minh et il m\u2019avait dit : \u00ab tu vois, j\u2019ai attendu des ann\u00e9es avant d\u2019\u00e9crire ce livre, saisi de je ne sais quel pressentiment et lorsque j\u2019ai fini par le faire, c\u2019est au moment o\u00f9 je retrouve  des probl\u00e8mes de vue (il avait en effet des difficult\u00e9s \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire et il lui fallait une \u00e9norme loupe pour le faire. ) Mais de ses probl\u00e8mes intimes, Jacques Chancel ne parlait jamais, trop \u00e9l\u00e9gant pour accabler son visiteur ou son interlocuteur de secrets intimes. Il pr\u00e9f\u00e9rait c\u00e9l\u00e9brer la vie, l\u2019amiti\u00e9, avec ce rire complice qui le faisait aimer de tous. Car Jacques Chancel faisait l\u2019unanimit\u00e9 de sa profession. D\u2019abord en raison de son parcours exceptionnel et de ses ind\u00e9niables r\u00e9ussites journalistiques et culturelles : \u00ab Radioscopie \u00bb d\u2019abord, vingt-deux ans d\u2019\u00e9missions quotidiennes o\u00f9 il a re\u00e7u tout ce que la France comporte d\u2019\u00e9crivains, de savants et d\u2019hommes et femmes remarquables \u00e0 divers titres et puis \u00ab Le grand \u00c9chiquier \u00bb qui durera dix-huit ans avant de se terminer en apoth\u00e9ose un 21 d\u00e9cembre 89 avec Ruggero Raimondi. Jacques Chancel signait l\u00e0 son rare talent d\u2019interviewer, son go\u00fbt pour la musique et sa fa\u00e7on unique de rendre la culture populaire. Ce qu\u2019on sait moins, c\u2019est que son jardin secret cependant \u00e9tait l\u2019\u00e9criture, car durant toutes ces ann\u00e9es de travail tr\u00e9pidant de construction d\u2019\u00e9missions, de reportages et de direction d\u2019antenne (Antenne 2 avec  Marcel Jullian), il n\u2019aura cess\u00e9 de lire et d\u2019\u00e9crire : \u00ab le temps d\u2019un regard \u00bb qui aura le prix de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 78, \u00ab Tant qu\u2019il y aura des \u00efles \u00bb en 80, \u00ab Franchise postale \u00bb encore un beau titre sur sa correspondance avec Marcel Jullian, \u00ab le guetteur de rives \u00bb en 85, puis son journal \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 au rythme d\u2019un tous les deux ans, son \u00ab Dictionnaire amoureux de la t\u00e9l\u00e9vision \u00bb qui sortira en 2011, sans compter les innombrables \u00e9ditions de \u00ab Radioscopie \u00bb, des albums dont un remarquable sur \u00ab le tour de France \u00bb qu\u2019il aimait tant voir passer le col du Hautacam tous les \u00e9t\u00e9s fid\u00e8lement. En tout une trentaine d\u2019ouvrages, depuis ce premier roman paru en 1950 \u00e0 Sa\u00efgon (l\u2019Eurasienne) jusqu\u2019\u00e0 ce dernier opus qui se cl\u00f4t sur un point d\u2019interrogation. Le point d\u2019interrogation dit beaucoup de ce qu\u2019\u00e9tait Jacques Chancel, tout son \u00eatre, son visage, son regard, son air, son sourire \u00e9tait d\u2019interrogation. Il avait une fa\u00e7on de vous regarder, de s\u2019adresser \u00e0 vous, une telle curiosit\u00e9 de l\u2019autre des autres que nul ne r\u00e9sistait \u00e0 sa fa\u00e7on de faire. Cet homme avait le don de la communication et le talent de la convertir en conversation. On ne dira pas ici le succ\u00e8s et l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses innombrables radioscopies o\u00f9 tant de gens se livr\u00e8rent de mani\u00e8re inattendue et on brocarda sa fa\u00e7on de faire, r\u00e9sum\u00e9e dans une formule : \u00ab Et Dieu dans tout \u00e7a ? \u00bb Longtemps Jacques Chancel d\u00e9clara que c\u2019\u00e9tait une fable et qu\u2019il n\u2019employait jamais cette expression, mais voil\u00e0 que dans son dernier livre, il confesse que dans les archives de l\u2019INA on trouve cette expression dans une radioscopie de qui ? De Georges Marchais ! Et Chancel de conclure, je m\u2019apercevais que tous mes interlocuteurs \u00e0 un moment ou l\u2019autre me parlaient de dieu, surtout les ath\u00e9es. Voil\u00e0 un point de l\u00e9gende lev\u00e9. Un homme de parole donc et d\u2019\u00e9criture, un homme de communication et de r\u00e9flexion voil\u00e0 qui \u00e9tait Chancel et un homme de son pays enfin, totalement. Lui qu\u2019on pouvait imaginer le plus parisien des parisiens, qui \u00e9tait comme un poisson dans l\u2019eau dans tous le lieux et \u00e9v\u00e8nements de la capitale qui avait eu longtemps sa table au \u00ab Fouquet\u2019s \u00bb  ou au \u00ab Flandrin \u00bb, que tout le monde venait saluer \u00e0 sa table (jamais loin de l\u2019entr\u00e9e) n\u2019aimait rien tant que revenir dans ses Pyr\u00e9n\u00e9es, dans sa belle demeure de \u00ab Miramont \u00bb \u00e0 mi colline de St Savin d\u2019o\u00f9 il partait quotidiennement pour de longues marches dans la montagne ou des balades \u00e0 ski par temps de neige. Car cet homme \u00e9tait rest\u00e9 un enfant de la montagne,  de cette vall\u00e9e d\u2019Argel\u00e8s o\u00f9 il revenait se ressourcer avec constance, parlant sans fin  de ce p\u00e8re berger et menuisier qu\u2019il aimait tant, \u00e9mu par une cascade, un chevreuil qui d\u00e9tale ou un flocon de givre accroch\u00e9 \u00e0 une branche et qui refl\u00e8te le soleil. Il me parlait encore, il y a peu de son bonheur  de voir sa petite fille ch\u00e9rie \u00ab Philippine \u00bb (celle qui l\u2019appelait \u00ab Papija \u00bb) avoir son premier flocon de neige. On n\u2019imagine pas un homme plus affectueux et amical avec sa famille et ses enfants. Et avec ses amis. Je dois confesser ici l\u2019amiti\u00e9 qui me lia \u00e0 ce grand fr\u00e8re dont je n\u2019avais \u00e0 aucun titre \u00e0 requ\u00e9rir une marque d\u2019attention.  Nous nous \u00e9tions rencontr\u00e9s sans nous conna\u00eetre aux d\u00e9buts du Parvis et nous ne nous sommes jamais perdus de vue, tant\u00f4t de loin en loin, ces derni\u00e8res ann\u00e9es plus souvent. Nous avions, il me semble tir\u00e9 parti d\u2019une connivence sans explication, un m\u00eame regard sur les choses de la vie, une m\u00eame provenance pyr\u00e9n\u00e9enne peut-\u00eatre, ce rien inexplicable qui fait qu\u2019on se sent  d\u2019un m\u00eame pays d\u2019enfance et d\u2019horizon. C\u2019est cet homme-l\u00e0 que je pleure aujourd\u2019hui. \u00ab Pourquoi partir ? \u00bb disait-il, en effet, cela attriste tellement de monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il venait de publier son dernier livre (son journal des ann\u00e9es 2011\/2014) sous ce titre \u00e9nigmatique : \u00ab Pourquoi partir ? \u00bb et c\u2019\u00e9tait l\u00e0 tout l\u2019homme qui transformait en question ce qui est pour chacun une \u00e9vidence puisqu\u2019il faut bien partir un jour.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-57","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autres-propos-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":328,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions\/328"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}