{"id":60,"date":"2015-02-01T12:20:00","date_gmt":"2015-02-01T12:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=60"},"modified":"2019-04-04T09:36:47","modified_gmt":"2019-04-04T07:36:47","slug":"nuit-du-raga-a-la-philharmonie-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2015\/02\/01\/nuit-du-raga-a-la-philharmonie-de-paris\/","title":{"rendered":"NUIT DU RAGA \u00c0 LA PHILHARMONIE DE PARIS"},"content":{"rendered":"<p>Soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 la musique indienne, \u00e0 la nouvelle Philharmonie de Paris. Le Raga, cette musique faite pour \u00ab colorer l\u2019esprit et lui procurer du plaisir \u00bbqui date de mille ans se caract\u00e9rise par l\u2019association d\u2019une structure musicale avec un \u00e9tat \u00e9motionnel, une saison ou un moment de la journ\u00e9e. Son but est de procurer un ravissement esth\u00e9tique, de donner une saveur particuli\u00e8re aux choses, notion cardinale dans la pens\u00e9e esth\u00e9tique indienne. C\u2019est donc un cadre m\u00e9lodique qui se pr\u00eate parfaitement \u00e0 la composition et \u00e0 l\u2019improvisation, une entit\u00e9 dynamique poss\u00e9dant une forme unique qui incarne une id\u00e9e musicale. Un raga rassemble un grand nombre de th\u00e8mes compos\u00e9s par de grands compositeurs du pass\u00e9 ce qui n\u2019emp\u00eache pas la cr\u00e9ation des musiciens actuels et ainsi se g\u00e9n\u00e8re une vari\u00e9t\u00e9 infinie de s\u00e9quences m\u00e9lodiques dans le cadre d\u2019un raga donn\u00e9.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nPremier concert donn\u00e9 par KUSHAL DAS, un joueur de sitar de Calcutta. Le sitar, cet instrument que Ravi Shankar va faire conna\u00eetre au monde dont la sp\u00e9cificit\u00e9 acoustique tient au fait qu\u2019elle s\u2019incarne dans une corde de bronze optimis\u00e9e pour que la vingtaine d\u2019autres cordes qui l\u2019accompagnent lui assure un compl\u00e9ment. Toute la difficult\u00e9 tient au fait que la m\u00e9lodie est port\u00e9e sur une seule corde dont les harmoniques sont d\u00e9velopp\u00e9es par les autres. La technique du jeu oblige \u00e0 des d\u00e9placements sur toute la longueur du manche. Kushal Das est porteur d\u2019une technique transmise par des ma\u00eetres et gurus qui lui ont donn\u00e9 le secret de cette vibration myst\u00e9rieuse qui est tout l\u2019art du Sitar. S\u2019il a eu quelques difficult\u00e9s \u00e0 accorder son instrument, les longues p\u00e9riodes musicales qu\u2019il nous a offertes valaient le d\u00e9placement. Viennent ensuite les joueurs de sarod AMJAD ALI KHAN et ses deux fils AMAAN et AYAAN au jeu subtilement diff\u00e9renci\u00e9. Le son su Sarod est m\u00e9tallique et aigre, il produit un son issu de la m\u00e9lodie jou\u00e9 qui est modifi\u00e9 par les dissonances du bourdon. Pour nous plonger dans la m\u00e9lodie et l\u2019harmonie, il y faut beaucoup de talent. Tout est donc dans l\u2019art de l\u2019interpr\u00e9tation. C\u2019est le plus r\u00e9cent des instruments classiques indiens, le son en est produit par la chaine de contact entre l\u2019ongle que le ma\u00eetre lime consciencieusement devant nous, la corde m\u00e9tallique et la touche d\u2019acier. C\u2019est la table d\u2019harmonie, en peau, qui vient l\u2019adoucir, lui conf\u00e9rant une douceur particuli\u00e8re. Celui d\u2019Amjad Ali Khan rappelle le Sarangui (vielle \u00e0 archet) qui accompagne souvent la voix. Ce soir-l\u00e0, Amjad fit entendre le son aigre de son instrument sans en tirer d\u2019effet particulier, puis fit la d\u00e9monstration de la transformation de ce son  ingrat en subtiles et envo\u00fbtantes m\u00e9lodies reprises par les sarods de ses fils en d\u2019infinies combinaisons. Fascinant. Et puis v\u00eent l\u2019artiste attendu L.SUBRAMANIAM, \u00ab Mani \u00bb pour les intimes et son fils AMBI avec son art si singulier du violon carnatique. Si la virtuosit\u00e9 avait besoin d\u2019un nom, ce serait le sien. Jamais, il me semble, je n\u2019avais entendu autant de richesse rythmique, autant de couleurs issues d\u2019un violon, jou\u00e9 de cette \u00e9trange mani\u00e8re (le musicien assis tenant son violon cal\u00e9 contre le menton ou d\u00e9tach\u00e9, la hampe vers le bas et l\u2019archet tenu horizontalement). Mani est un musicien classique issu de la tradition qui au XVII\u00b0 si\u00e8cle en Inde se marqua par 3 compositeurs majeurs : S.S\u00e2stra, M.Dikistar et Tyagaraja, les \u00ab Mozart \u00bb ou \u00ab Haydn \u00bb de leur \u00e9poque. Le plus saisissant n\u00e9anmoins, c\u2019est le son plaintif unique que \u00ab Mani \u00bb sort de son instrument et qui est reconnaissable entre tous. Il s\u2019agit d\u2019un son nostalgique et lent qui avance, souvent soutenu par le tabla qui l\u2019accompagne et lui permet de s\u2019\u00e9lancer dans d\u2019infinis tourbillons dont le \u00ab raga \u00bbdonne le cadre. Mais dans ce dernier concert, si, comme toujours, on est plong\u00e9 dans une atmosph\u00e8re unique par ces sonorit\u00e9s, ce qui m\u2019aura frapp\u00e9, c\u2019est la construction harmonique qui soudain fait exploser la gamme des sonorit\u00e9s et donne \u00e0 la palette sonore une richesse jamais entendue. Quel bonheur d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent \u00e0 ce concert ! Mais enfin, s\u2019il faut parler de ravissement, nul pour moi n\u2019\u00e9gale celui que me procure l\u2019\u00e9coute de la musique dHARIPRASAD CHAURASIA. On dit que ce \u00ab droitier \u00bb aurait invers\u00e9 ses doigt\u00e9s sous l\u2019influence de l\u2019\u00e9pouse du grand Ravi Shankar et que cela aurait lib\u00e9r\u00e9 son incroyable dext\u00e9rit\u00e9. Ce flutiste issu de la Maibar Gharana a vraiment su se cr\u00e9er un univers propre qui n\u2019en finit pas de tisser des liens entre orient et occident (il a enseign\u00e9 longtemps au conservatoire de Rotterdam). On l\u2019a entendu parfois en compagnie de John Mac Laughlin, de Yehudi Menuhim ou encore d\u2019Egberto Gismondi ou encore avec le percussionniste Zakir Hussain. Aujourd\u2019hui, il joue le plus souvent avec son neveu Rakesh, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas ce soir. Mais encore une fois, le son de cet artiste (comme de la plupart des grands) est \u00e0 ce point unique que sa vibration touche au c\u0153ur. Il joue faut-il le pr\u00e9ciser, de la fl\u00fbte Bansuri, ce long bambou que l\u2019on tient obliquement \u00e0 la bouche comme une fl\u00fbte traversi\u00e8re. Ce soir-l\u00e0, il commen\u00e7a par un pr\u00e9lude (Alap) d\u2019une grande profondeur m\u00e9ditative, pour se lancer dans des d\u00e9veloppements harmoniques infinis (Jor) appuy\u00e9 par une deuxi\u00e8me fl\u00fbte Bansuri (Vivek R.Sonar) ponctu\u00e9 par des pulsations rythmiques au tabla (Ram Prasad Mishra) et aux percussions (Bhawani Shankar). Alors, la phrase musicale monte, descend, nous emporte, semble ne devoir s\u2019arr\u00eater jamais et cela pendant plus d\u2019une heure de concert sans arr\u00eat. On en sort \u00e9bloui, ravi, transport\u00e9, on en redemande car cette exp\u00e9rience musicale est alors absolument unique. Pourtant Chaurasia est malade, il lui a fallu s\u2019asseoir sur une chaise et non en tailleur, la maladie de Parkinson l\u2019accable, mais il sait transcender encore ces limites pour nous donner le meilleur de sa musique. Pour ma part, elle m\u2019\u00e9voque cette atmosph\u00e8re si particuli\u00e8re que je trouve aux films de S.Ray comme le \u00ab salon de musique \u00bb par exemple et elle me renvoie \u00e0 ces petits matins du Rajastan o\u00f9 j\u2019ai eu le bonheur de voir la brume se lever sur les champs d\u00e9sertiques et secs avec de loin en loin de grands arbres et des silhouettes de femmes en saris de couleur portant de l\u2019eau au sortir des puits. Envo\u00fbtant. Cette grande nuit du Raga, restera dans ma m\u00e9moire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 la musique indienne, \u00e0 la nouvelle Philharmonie de Paris. 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