{"id":64,"date":"2015-04-19T11:56:00","date_gmt":"2015-04-19T11:56:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=64"},"modified":"2019-04-04T09:36:27","modified_gmt":"2019-04-04T07:36:27","slug":"markus-lupertz-artiste-allemand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2015\/04\/19\/markus-lupertz-artiste-allemand\/","title":{"rendered":"MARKUS L\u00dcPERTZ , ARTISTE ALLEMAND."},"content":{"rendered":"<p>Si, pour parler de ce peintre et sculpteur dont le Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la ville de Paris vient de monter la premi\u00e8re grande r\u00e9trospective parisienne (apr\u00e8s avoir montr\u00e9 la donation Werner en 2012 qui comportait d\u00e9j\u00e0 beaucoup d\u2019\u0153uvres), il faut \u00e9voquer le courant n\u00e9o expressionniste allemand o\u00f9 l\u2019on trouve Baselitz ou Polke, cela n\u2019\u00e9puise pas le sujet. Markus L\u00fcpertz est en effet un artiste original qui s\u2019est assez vite \u00e9mancip\u00e9 des courants dominants de son \u00e9poque et de son pays. Son \u0153uvre se pr\u00eate en effet \u00e0 une multiplicit\u00e9 de lectures. Les quelque 200 tableaux et sculptures pr\u00e9sent\u00e9es dans cette exposition en donnent une id\u00e9e.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nParlons de l\u2019homme d\u2019abord. C\u2019est un dandy, fa\u00e7on XIX\u00b0, un homme grand, tr\u00e8s grand, \u00e9l\u00e9gant, mis comme une gravure de mode avec ce qu\u2019il faut de dat\u00e9 et de d\u00e9cal\u00e9 pour en souligner le c\u00f4t\u00e9 intempestif. Costumes taill\u00e9s sur mesure, lavalli\u00e8re, canne \u00e0 pommeau d\u2019argent, immenses houppelandes, chapeaux de feutre, bagues et bracelets au poignet, il pourrait passer pour un hobereau prussien. Mais ce \u00ab souci de soi \u00bb a une autre fonction, celle de faire de l\u2019artiste, sa propre ic\u00f4ne, celle de se tenir pour tel, une fois pour toutes, loin du monde des rapins et des tra\u00eene blue-jeans de la mode. On en pense ce qu\u2019on veut, on peut trouver cela arrogant, tr\u00e8s antipathique, original, d\u00e9cal\u00e9, peu importe, voil\u00e0 l\u2019homme tel qu\u2019il veut qu\u2019on le per\u00e7oive d\u00e9sormais. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas de d\u00e9couvrir ainsi dans l\u2019exposition de grands tableaux de costumes gris qui sembleraient sortis d\u2019un catalogue de ma\u00eetre tailleur publi\u00e9s dans \u00ab Vogue \u00bb au si\u00e8cle dernier. Mais ce n\u2019est pas cela le plus int\u00e9ressant. Parlons d\u00e9j\u00e0 de sa mani\u00e8re de peindre. Contrairement \u00e0 la pente du n\u00e9o expressionnisme qui est volontiers d\u00e9monstratif, lui utilise une peinture froide, comme distanci\u00e9e, sans contenu r\u00e9el, plut\u00f4t formaliste donc. Cela est tr\u00e8s net dans sa s\u00e9rie des \u00ab Dithyrambes \u00bb o\u00f9 il se livre \u00e0 des simplifications formelles de l\u2019objet dont il change l\u2019\u00e9chelle, grossissant le d\u00e9tail jusqu\u2019\u00e0 la monumentalit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 atteindre une forme d\u2019abstraction sans jamais en franchir le seuil cependant. Aussi, lorsque ce traitement de l\u2019objet se porte sur des choses aussi reconnaissables que des casques d\u2019acier et qu\u2019il utilise la couleur vert de gris typique de la Wehrmacht, alors sa peinture acquiert une force et cr\u00e9e un trouble qui met le spectateur mal \u00e0 l\u2019aise, tant la monumentalit\u00e9 ici renvoie \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019angle critique comme au dithyrambe. Mais picturalement,  on est plus pr\u00e8s du langage de l\u2019affiche que de celui de la peinture de chevalet.  Parfois aussi, il pousse vers l\u2019inidentifiable et ne reste sur la toile que l\u2019allusion \u00e0 la chose peinte. C\u2019est en cela qu\u2019il est proche de l\u2019abstraction, il perd l\u2019objet pour retrouver son absence dans la chose peinte, comme si c\u2019\u00e9tait le seul moyen qu\u2019il ait \u00e0 sa disposition pour aller vers la peinture en tant que telle. Mais \u00e0 ce stade, il convient de se demander si le mot \u00ab dithyrambe \u00bb repris \u00e0 Nietzsche, ne prend pas ici un sens de d\u00e9rision, car ce qui en est l\u2019objet est d\u2019une effrayante banalit\u00e9 : toiles de tente, poteaux, traces de pneus ! Ce faisant n\u00e9anmoins, il a acquis une libert\u00e9 formelle par rapport \u00e0 son mod\u00e8le ou \u00e0 son objet qu\u2019on verra \u00e0 l\u2019\u0153uvre plus tard. Et notamment \u00e0 propos de son rapport \u00e0 la tradition. En effet, comme beaucoup de ses contemporains, L\u00fcpertz regarde vers la peinture qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 (le cas le plus marquant est \u00e9videmment celui de Picasso dans son dialogue \u00ab avec les ma\u00eetres \u00bb) et c\u2019est vers Poussin, Courbet ou Goya que son regard se tourne. De ces peintres et de leurs \u0153uvres, il prendra tant\u00f4t un fragment, tant\u00f4t des \u00e9l\u00e9ments (comme dans le tableau : le Printemps de Poussin) tant\u00f4t des situations (le \u00ab Tres de Mayo \u00bb de Goya ou \u00ab l\u2019ex\u00e9cution \u00bb de Manet) et les r\u00e9ins\u00e8re dans un contexte nouveau. D\u00e8s lors, il a trouv\u00e9 son langage fait d\u2019emprunts, de fragments en dialogue, typiques de notre culture de la ruine, de l\u2019oubli, du d\u00e9sordre, de la d\u00e9construction ou m\u00eame de la r\u00e9cusation d\u2019un sens univoque. C\u2019est pourquoi, son \u00ab Arcadie \u00bb n\u2019\u00e9voque plus, ni Poussin, ni Puvis de Chavanne. Chantier inachev\u00e9, \u00e0 peine commenc\u00e9, l\u2019Arcadie, chose mentale (cosa mentale) permet au peintre de se comporter en arch\u00e9ologue du futur, celui qui pose le fragment non comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019un ensemble perdu \u00e0 reconstituer, mais comme une fin en soi, la seule forme possible d\u2019un r\u00e9el toujours-d\u00e9j\u00e0 d\u00e9membr\u00e9. Ainsi l\u2019inachev\u00e9 n\u2019est pas un manque, mais un but en soi. N\u00e9anmoins, ceci n\u2019implique pas que l\u2019artiste d\u00e9sesp\u00e8re de l\u2019art pour dire le s\u00e9jour de l\u2019homme au monde, au contraire, il affirme sa foi en l\u2019art, en la capacit\u00e9 cr\u00e9atrice. Pour le faire bien comprendre, il convoque les figures des musiciens, (Mozart, Salieri), des po\u00e8tes (H\u00f6lderlin), des h\u00e9ros de la mythologie grecque (Ulysse, Hercule, Hector, Diane), qui tous font signe dans un d\u00e9sert et reprenant une citation d\u2019O.Wilde, il note que \u00ab pour pr\u00e9parer la venue des dieux, il faut une voix qui crie dans le d\u00e9sert ! \u00bb Un mot ici pour relever cette polarisation allemande vers l\u2019antique origine, vers la source, vers le mythe. Il n\u2019est pas le seul, avant lui, Goethe, H\u00f6lerlin, Winckelman et tant d\u2019autres ont pris cette voie et c\u2019est en ce sens je pense qu\u2019on peut le qualifier, d\u2019artiste allemand. Mais, ce retour amont, il va l\u2019exercer de la plus s\u00e9duisante des mani\u00e8res, par la sculpture et la sculpture en bronze polychrome. Se souvenant sans doute d\u2019Horace qui voulait les sculptures plus durables que l\u2019airain (exegi monumentum aere perennius), il sculpte et coule en bronze des statues monumentales dont la forme est souvent mutil\u00e9e, ou incompl\u00e8te et il les peint de couleurs criardes, violentes ou alors d\u00e9licates comme celles de la sculpture baroque, engendrant ainsi un trouble sur leur identit\u00e9, leur virilit\u00e9 qui les apparente \u00e0 la fois \u00e0 des monstres et \u00e0 des anges. Soudain, le peintre qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 troubl\u00e9 tout jeune en d\u00e9couvrant les majestueux nus de Maillol, trouve dans la sculpture la prolongation naturelle de son acte de peindre. L\u00e0 encore, la tradition allemande, celle d\u2019Arno Brecker, vient \u00e0 l\u2019esprit ajoutant un trouble \u00e0 la vision de l\u2019homme de demain. Mais si la sculpture nazie (aussi bien que celle du r\u00e9alisme socialiste) dessinaient la forme d\u2019un homme id\u00e9al, l\u2019homme de L\u00fcpertz est d\u00e9finitivement cass\u00e9, en morceaux, d\u00e9membr\u00e9, maquill\u00e9 parfois et ce vers quoi il fait signe n\u2019est plus l\u2019avenir mais probablement le pass\u00e9. L\u2019Arcadie  encore une fois, ce r\u00eave de peintre ? Tel est le sens de ce voyage que l\u2019exposition nous propose de faire, \u00e0 l\u2019envers, depuis les derni\u00e8res \u0153uvres qui montrent Ulysse sur sa barque, jusqu\u2019\u00e0 H\u00f6lderlin qui dans son Hyperion est \u00e0 la recherche de la terre patrie, la Gr\u00e8ce r\u00eav\u00e9e, l\u2019Arcadie, le recommencement. C\u2019est l\u00e0 le message en creux de cette exposition, qui donne \u00e0 voir l\u2019une des \u0153uvres les plus puissantes et s\u00e9duisantes que l\u2019on puisse voir en ce moment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si, pour parler de ce peintre et sculpteur dont le Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la ville de Paris vient de monter la premi\u00e8re grande r\u00e9trospective parisienne (apr\u00e8s avoir montr\u00e9 la donation Werner en 2012 qui comportait d\u00e9j\u00e0 beaucoup d\u2019\u0153uvres), il faut \u00e9voquer le courant n\u00e9o expressionniste allemand o\u00f9 l\u2019on trouve Baselitz ou Polke, cela n\u2019\u00e9puise &hellip; <a href=\"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2015\/04\/19\/markus-lupertz-artiste-allemand\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;MARKUS L\u00dcPERTZ , ARTISTE ALLEMAND.&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-64","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autres-propos-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":315,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64\/revisions\/315"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}