{"id":65,"date":"2016-04-05T18:14:00","date_gmt":"2016-04-05T18:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=65"},"modified":"2019-04-04T09:36:26","modified_gmt":"2019-04-04T07:36:26","slug":"carambolages-paris-grand-palais-jusquen-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2016\/04\/05\/carambolages-paris-grand-palais-jusquen-mai\/","title":{"rendered":"CARAMBOLAGES (Paris : Grand Palais jusqu\u2019en Mai)"},"content":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 une exposition bien stimulante, de nature \u00e0 r\u00e9veiller le visiteur qui se pr\u00e9sente au Grand Palais \u00e0 Paris pour voir \u00ab carambolages \u00bb une proposition de Jean-Hubert Martin, celui-l\u00e0 m\u00eame qui nous avait secou\u00e9s d\u00e9j\u00e0 en 1989, avec \u00ab Les magiciens de la terre \u00bb.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nCette fois, il nous propose une visite artistique originale sur le th\u00e8me \u00ab des \u00bb Beaut\u00e9s et non \u00ab de la \u00bb Beaut\u00e9 (dont une exposition m\u00e9morable avait \u00e9t\u00e9 faite en Avignon par Jean de Loisy en 2000). Des Beaut\u00e9s donc et \u00ab d\u00e9sordonn\u00e9es \u00bb, voil\u00e0 le th\u00e8me de la visite et le programme de l\u2019exposition. Cela signifie que l\u2019on ira vers les \u0153uvres et les chefs-d\u2019\u0153uvre de la peinture, de la sculpture des arts classiques, baroques ou primitifs selon un ordre al\u00e9atoire et fantaisiste gouvern\u00e9 par l\u2019insatiable curiosit\u00e9 et le hasard des correspondances ou des analogies que percevra le spectateur. On pense tout de suite \u00e0 Malraux qui avait proc\u00e9d\u00e9 de la sorte mais n\u2019avait pas renonc\u00e9, lui, \u00e0 une sorte de transcendance, de beaut\u00e9 sup\u00e9rieure, surplombant l\u2019art des peuples du monde. La d\u00e9marche de J-H Martin est plus relativiste, davantage transculturelle, moins m\u00e9taphysique, il n\u2019y a plus de \u00ab m\u00e9ta \u00bb dans sa d\u00e9marche mais une simple juxtaposition qui donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un absolu de l\u2019art. On s\u2019\u00e9loigne donc de cette approche chronologique de l\u2019art bas\u00e9e sur des ensembles significatifs d\u2019\u0153uvres et d\u2019\u00e9coles que nous ont propos\u00e9 les conservateurs pendant des d\u00e9cennies selon le principe qui veut \u00ab qu\u2019un artiste d\u00e9pend de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et annonce ses suiveurs \u00bb dans une histoire chronologique orient\u00e9e vers le futur. J-H Martin adopte lui, une d\u00e9marche plus libre qui emprunte tout autant \u00e0 l\u2019anthropologie qu\u2019\u00e0 l\u2019esth\u00e9tique et qui s\u2019inspire de l\u2019esprit surr\u00e9aliste traquant la \u00ab beaut\u00e9 \u00e9trange \u00bb comme clef de l\u2019imaginaire dont Breton s\u2019\u00e9tait fait le chantre inspir\u00e9. Or, il y a bien longtemps que les historiens d\u2019art \u00e0 la suite d\u2019Aby Warburg ont attir\u00e9 notre attention vers l\u2019anthropologie (cf. l\u2019Atlas mn\u00e9mosyme) que Jurgis Baltrusaitis nous a montr\u00e9 la migration des formes d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un continent \u00e0 l\u2019autre et que Malraux a d\u00e9clar\u00e9 l\u2019art mondial, \u00ab notre indivisible h\u00e9ritage \u00bb. J-H Martin qui sait tout cela va plus loin encore dans son approche transculturelle car il laisse ouverte la porte du mus\u00e9e imaginaire \u00e0 l\u2019impr\u00e9vu, au bizarre et \u00e0 l\u2019inattendu, la beaut\u00e9 qu\u2019il c\u00e9l\u00e8bre ce n\u2019est pas celle que Kant d\u00e9signait comme \u00ab ce qui plait universellement sans concept \u00bb, c\u2019est celle des pluriels, de ces beaut\u00e9s relatives  comme les cultures, d\u2019o\u00f9 elle surgissent et se rapprochent de nous par le collage, l\u2019assemblage l\u2019installation, le carambolage, qui deviennent alors les principes fondateurs d\u2019une nouvelle esth\u00e9tique. L\u2019exposition en est la d\u00e9monstration qui d\u00e9coule de cet encha\u00eenement par analogie comme par \u00ab coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne \u00bb et c\u2019est ainsi qu\u2019une \u00ab Idole aux yeux \u00bb m\u00e9sopotamienne, peut voisiner avec une \u00ab vision de Zacharie \u00bb ou un masque Malinke de Guin\u00e9e, une Art\u00e9mis d\u2019\u00c9ph\u00e8se avec un martyre de Sainte Agathe ou une coupe de J-B Odiot. Pas de limite \u00e0 l\u2019originalit\u00e9, la pertinence et la fantaisie. C\u2019est \u00e0 l\u2019image d\u2019un mobile de Calder qui tient en \u00e9quilibre et en mouvement alors que ses masses, ses formes et ses poids sont tous diff\u00e9rents et cela en une \u0153uvre unique qui surgit de ces rapprochements. On sort de l\u00e0 convaincus ou simplement troubl\u00e9s, voire dubitatifs. On peut appr\u00e9cier la d\u00e9marche ou la contester, on peut admirer la pertinence ou critiquer les choix, on peut se dire qu\u2019on en ferait d\u2019autres. On fait en somme ce que le \u00ab curateur \u00bb attend de nous, on fait \u0153uvre d\u2019imagination. Car il faut bien reconna\u00eetre que cette proposition libre et joyeuse, impertinente parfois, fait sens avec l\u2019approche contemporaine de l\u2019art. Du reste l\u2019exposition elle-m\u00eame nous propose un parcours qui consiste \u00ab \u00e0 voir d\u2019abord et \u00e0 lire apr\u00e8s \u00bb (les cartels en forme d\u2019images anim\u00e9es inspir\u00e9es d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019artiste Philippe Parreno sont plac\u00e9s en bout de chaque all\u00e9e et non sous les \u0153uvres). Nous sommes donc libres de regarder \u00e0 notre guise sans \u00eatre influenc\u00e9s \u00e0 priori. Du coup, cette exposition \u00ab fait signe et sens \u00bb comme en son temps, \u00ab les magiciens de la terre \u00bb dont on parle encore, vers un autre usage du concept d\u2019exposition dans ces temps \u00ab multiculturels \u00bb qui sont les n\u00f4tres et nous posent tant de questions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 une exposition bien stimulante, de nature \u00e0 r\u00e9veiller le visiteur qui se pr\u00e9sente au Grand Palais \u00e0 Paris pour voir \u00ab carambolages \u00bb une proposition de Jean-Hubert Martin, celui-l\u00e0 m\u00eame qui nous avait secou\u00e9s d\u00e9j\u00e0 en 1989, avec \u00ab Les magiciens de la terre \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-65","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autres-propos-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":301,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions\/301"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}