{"id":656,"date":"2020-05-23T11:16:06","date_gmt":"2020-05-23T09:16:06","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=656"},"modified":"2020-05-23T11:16:07","modified_gmt":"2020-05-23T09:16:07","slug":"les-docteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2020\/05\/23\/les-docteurs\/","title":{"rendered":"LES DOCTEURS"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019avais une grand-m\u00e8re qui v\u00e9cut bien vieille et qui avait pour habitude de dire\u00a0: \u00ab\u00a0moi les docteurs, je les aime\u2026 mais de loin\u00a0\u00bb, et comme elle p\u00e9tait la sant\u00e9, cela faisait beaucoup rire.<\/p>\n<p>\u00c0 y regarder le plus pr\u00e8s, elle n\u2019avait pas tout \u00e0 fait tort, car le docteur est \u00e0 la maladie, ce que la lumi\u00e8re est \u00e0 l\u2019ombre\u00a0: une clart\u00e9, un espoir, quand les t\u00e9n\u00e8bres menacent les jours, mais il faut bien admettre que sa pr\u00e9sence est d\u2019abord un signe d&rsquo;inqui\u00e9tude. Certes, il est le secours, la sauvegarde, le soutien et l\u2019espoir mais parce que nous nous trouvons mal ou en danger. C\u2019est pourquoi sa visite procure toujours un m\u00e9lange d\u2019attente et d\u2019appr\u00e9hension, puisqu\u2019il d\u00e9tient le diagnostic qui est aussi le verdict et la r\u00e9ponse \u00e0 cette question permanente que la mort pose \u00e0 la vie\u00a0: celle de la gu\u00e9rison et du temps. Alors, tant qu\u2019on a le loisir de l\u2019aimer \u2026de loin, on \u00e9vite la question.<\/p>\n<p>Mais en cette p\u00e9riode de pand\u00e9mie durable qui est le temps du souci de soi, de la crainte pour soi et pour ses proches, l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9flexion un peu plus approfondies sur l\u2019existence et sur la fragilit\u00e9 de l\u2019homme, il nous revient aussi \u00e0 l\u2019esprit que le plaisir de vivre va avec l\u2019insouciance, le silence des organes, ce moment o\u00f9 la vie est v\u00e9cue avec le sentiment qu\u2019elle peut durer toujours, et que la m\u00e9decine en somme est un recours qu\u2019on ne sollicite que le plus tard possible, &#8211; \u00e0 tort bien entendu -, puisque bien se soigner c\u2019est pr\u00e9voir qu\u2019on pourrait \u00eatre malade. Mais qui y songe \u00e0 20 ans, au temps de la jeunesse, de la force vitale, du plaisir d\u2019exister\u00a0?<\/p>\n<p>En ces temps incertains que nous vivons ou la maladie nous a pris par surprise, clou\u00e9s chez nous comme des papillons sur les planches de Li\u00e8ge, assign\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran ou le d\u00e9compte d\u00e9moralisant des morts du virus \u00e9gr\u00e8ne in\u00e9luctablement ses chiffres, nous avons pris un sacr\u00e9 coup sur la t\u00eate. Ce n\u2019est plus la visite \u00e0 domicile(qui a disparu depuis longtemps des m\u0153urs m\u00e9dicales, afflux de patients oblige), c\u2019est un basculement brutal qui nous plonge dans une salle d\u2019attente m\u00e9diatique. Nous n\u2019ignorons plus rien de l\u2019h\u00f4pital, de ses difficult\u00e9s, des lits manquants, des urgences satur\u00e9es, des infirmi\u00e8res mal pay\u00e9es et d\u00e9pass\u00e9es. Nous sommes, somm\u00e9s de prendre parti, pour ou contre le gouvernement\u00a0: a-t-il bien fait ce qu\u2019il fallait faire\u00a0? \u00c0-t-il mieux fait que d\u2019autres, moins bien\u00a0? Les thurif\u00e9raires et les censeurs s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie, chacun mena\u00e7ant l\u2019autre de proc\u00e8s, et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 monte \u00e0 la mesure de l\u2019ind\u00e9cision et de la perplexit\u00e9. Le juridique prenant en charge, ce que le m\u00e9dical ne peut soigner\u00a0: la faute. La Fontaine n\u2019avait pas tort\u00a0: au terme de la peste du XVII\u00b0, tous cri\u00e8rent\u00a0: Haro sur le baudet\u00a0! Rien n\u2019a chang\u00e9 sous le soleil\u00a0!<\/p>\n<p>Car il y a les \u00a0docteurs \u00ab\u00a0tant mieux\u00a0\u00bb et\u00a0 les docteurs \u00ab\u00a0tant pis\u00a0\u00bb, tous capables de r\u00e9diger une ordonnance politique, sur la sc\u00e8ne du grand man\u00e8ge des cha\u00eenes d\u2019information continue.<\/p>\n<p>Et puis il y a les vrais docteurs, les virologues par les temps qui courent passent en prime time, certains jeunes et d\u2019autres vieux, certains narcissiques, d\u2019autres blas\u00e9s, certains rassurants, d\u2019autres inqui\u00e9tants, certains laxistes, d\u2019autres P\u00e8re fouettard\u00a0: question de temp\u00e9rament. Il y en a l\u00e0 une belle brochette, et chaque grand h\u00f4pital doit avoir le sien adoss\u00e9 \u00e0 la r\u00e9putation de l\u2019institution qu\u2019il repr\u00e9sente.\u00a0 On les \u00e9coute, on les observe, d\u2019anciens ministres d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9s reviennent dans le poste o\u00f9 ils apparaissent avec une fra\u00eecheur d\u2019opinion rassurante, ce qui fait qu\u2019on se dit\u00a0: tiens pourquoi en a-t-on chang\u00e9\u00a0? Pourtant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on s\u2019\u00e9tait bien moqu\u00e9 d\u2019eux. Oui mais les temps changent et nous aussi, avec nos opinions flottantes et notre ignorance r\u00e9guli\u00e8re. Bref le th\u00e9\u00e2tre de la vie courante et des disputes ordinaires reprend ses droits.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 on sent la lassitude\u00a0: bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 nous avons v\u00e9cu une forme d\u2019arr\u00eat forc\u00e9, comme un TGV en panne de cat\u00e9naire s\u2019arr\u00eate en pleine campagne et vous laisse l\u00e0, confin\u00e9s sans climatisation, en attente du docteur de la SNCF\u00a0! On \u00a0vient de voir un philosophe un peu oubli\u00e9 revenir sur le devant de la sc\u00e8ne et expliquer que la mort des vieux est dans l\u2019ordre des choses et qu\u2019il faut penser d\u2019abord \u00e0 nos enfants. Tiens donc, la belle affaire\u00a0! Le monde d\u2019apr\u00e8s est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 avec ses soucis \u00e9conomiques, la crise sans doute et des difficult\u00e9s nouvelles.<\/p>\n<p>Du coup on prendrait bien cong\u00e9 des bons docteurs. Mais vont-ils quitter comme cela, la sc\u00e8ne m\u00e9diatique, avec leurs paroles d\u2019oracle, leurs airs de gourous, ou d\u2019analystes attentifs \u00e0 la souffrance du monde\u00a0? Ce n\u2019est pas pas certain, la pand\u00e9mie n\u2019ayant pas dit son dernier mot. Peut-\u00eatre aurons nous demain une cartographie de la maladie comme on a une carte m\u00e9t\u00e9o pour suivre, le soir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, l\u2019\u00e9volution mondiale du virus comme on suit l\u2019anticyclone des A\u00e7ores, pour savoir s\u2019il fera beau ou mauvais, pour savoir si l\u2019on pourra sortir \u00e0 visage d\u00e9couvert ou masqu\u00e9, avec notre thermom\u00e8tre dans la poche comme on emporte un parapluie. Peut-\u00eatre le monde de demain sera comme \u00e7a\u00a0: le bulletin m\u00e9dical succ\u00e9dant au bulletin m\u00e9t\u00e9o, chacun avec son pr\u00e9sentateur vedette\u00a0; c\u2019est pourquoi la sagesse populaire de ma grand\u2019m\u00e8re ne me\u00a0 para\u00eet pas si d\u00e9cal\u00e9e que \u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0moi les docteurs\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais c\u2019\u00e9tait quand, d\u00e9j\u00e0, ce temps d\u2019insouciance\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019avais une grand-m\u00e8re qui v\u00e9cut bien vieille et qui avait pour habitude de dire\u00a0: \u00ab\u00a0moi les docteurs, je les aime\u2026 mais de loin\u00a0\u00bb, et comme elle p\u00e9tait la sant\u00e9, cela faisait beaucoup rire. \u00c0 y regarder le plus pr\u00e8s, elle n\u2019avait pas tout \u00e0 fait tort, car le docteur est \u00e0 la maladie, ce que &hellip; <a href=\"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2020\/05\/23\/les-docteurs\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;LES DOCTEURS&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-656","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/656","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=656"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/656\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":657,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/656\/revisions\/657"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=656"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=656"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=656"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}