{"id":71,"date":"2017-06-12T15:09:00","date_gmt":"2017-06-12T15:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=71"},"modified":"2019-04-04T09:35:46","modified_gmt":"2019-04-04T07:35:46","slug":"biennale-dart-de-venise-2017-tristes-giardini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2017\/06\/12\/biennale-dart-de-venise-2017-tristes-giardini\/","title":{"rendered":"BIENNALE D&rsquo;ART DE VENISE 2017: TRISTES GIARDINI"},"content":{"rendered":"<p>[((\/public\/.mark_Bradford_t.jpg|mark_Bradford.jpg|L|mark_Bradford.jpg, juin 2017))|\/public\/mark_Bradford.jpg||mark_Bradford.jpg]Retour aux Giardini, avec toujours la m\u00eame curiosit\u00e9. Mais cette fois pas de bousculade, pas d\u2019affolement (nous sommes  apr\u00e8s d\u2019un mois de l\u2019ouverture !) cependant il faut faire la queue aux guichets et on ne vous admet qu\u2019avec billet et carte d\u2019identit\u00e9 comme dans les avions (s\u00e9curit\u00e9 oblige). Premier tour de piste. Une impression de cycle qui s\u2019ach\u00e8ve, comme une panne d\u2019inspiration, les pavillons sont tristes, ternes, uniformes, on a l\u2019impression d\u2019avoir vu cela cent fois. Une impression d\u2019Eurovision de l\u2019art o\u00f9 tout le monde parle anglais et o\u00f9 tout se ressemble. Ce n\u2019est plus le dialogue des arts du monde, c\u2019est l\u2019art vu par la culture unidimensionnelle d\u2019inspiration am\u00e9ricaine.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nPauvres artistes soumis \u00e0 la question : que dire et que faire d\u2019original qui mette le pavillon de leur pays en valeur et donne du sens \u00e0 leur d\u00e9marche ? Alors, ils se creusent la t\u00eate pour traduire ce qu\u2019ils ressentent du monde dans lequel on vit. Beaucoup de travail et de talent sans doute, mais beaucoup de lieux communs et de redites face monde tel qu\u2019il est ou devient. Prenons Xavier Veilhan, un bon artiste fran\u00e7ais bien dans le vent (derni\u00e8re \u00e9tape le ch\u00e2teau de Versailles) &#8211; on l\u2019a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 D.Convert qui pourtant avec ses Bouddhas d\u00e9truits \u00e0 Bamyan avait quelque chose \u00e0 dire &#8211; X.Veilhan donc, qui fait r\u00e9aliser un studio d\u2019enregistrement Hi-tech en contreplaqu\u00e9 o\u00f9 des artistes musiciens de passage sont cens\u00e9s faire de la musique. On entre, on regarde, on \u00e9coute quoi ? On ne sait ou plut\u00f4t on sait d\u00e9j\u00e0, un d\u00e9tail nous arr\u00eate : tiens le clavecin ou la guitare sont en bois, ils ne feront pas de musique, l\u2019exposition pas davantage, beaucoup de bruit pour rien ! Quel est le but de la d\u00e9monstration ? Montrer des artistes au travail. La belle affaire, auparavant ce n\u2019\u00e9tait pas leurs postures o\u00f9 leur d\u00e9cor qui nous int\u00e9ressaient mais leurs \u0153uvres bien qu\u2019on sache que depuis longtemps en effet, \u00ab les attitudes \u00bb sont aussi des \u0153uvres, enfin, il para\u00eet. Quant au pavillon Allemand qui a obtenue le Lion d\u2019or de cette \u00e9dition, qu\u2019en dire ? Conforme \u00e0 l\u2019attente qu\u2019on peut avoir du fait que les artistes allemands nous livrent une belle m\u00e9ditation sur la cruaut\u00e9 concentrationnaire dont ils se sont montr\u00e9s capables dans l\u2019histoire. Cette fois c\u2019est tr\u00e8s clean, un pavement de verre \u00e9pais, dessous des effets qui t\u00e9moignent de la vie de gens, l\u00e0, prisonniers sans doute, on annonce des bouledogues, on n\u2019a rien vu, sans doute la cruaut\u00e9 est-elle \u00e0 heures fixes. Jeux de r\u00f4le, postures, on a compris avant que d\u2019entrer, on v\u00e9rifie simplement. Tout cela est bien fait comme d\u2019habitude. La fois derni\u00e8re tout \u00e9tait d\u00e9fonc\u00e9 du sol au plafond pour dire la m\u00eame chose. L\u2019art d\u00e9cid\u00e9ment comme commentaire nous laisse froids. Un grand commissaire allemand avait ici m\u00eame lanc\u00e9 un th\u00e8me \u00e0 succ\u00e8s : \u00ab Quand les attitudes deviennent des formes \u00bb dont on a mesur\u00e9 la f\u00e9condit\u00e9, cette fois on pense que \u00ab les formes deviennent des attitudes&#8230; certifi\u00e9es conformes \u00bb ; l\u2019art se mord la queue, mais les files d\u2019attente devant le pavillon nous montrent que les moutons ont toujours besoin de p\u00e2turages et de bergers. Allons ne soyons pas trop grognons, deux ou trois pavillons \u00e9chappent \u00e0 cet ennui : le pavillon am\u00e9ricain o\u00f9 Mark Bradford installe son \u00ab Tomorrow Is Another Day \u00bb qui nous confronte d\u2019entr\u00e9e avec un \u00e9norme bulbe de couleur sombre qui tombe du plafond avant qu\u2019on s\u2019engage dans une pi\u00e8ce sur les murs de laquelle se trouvent des tableaux sombres comme dans la chapelle de Houston o\u00f9 il y a les Rothko mais au milieu de laquelle s\u2019enroule un tas de boyaux de papier cartons plein de coulures de peinture \u00e9voquant la figure de la m\u00e9duse. C\u2019est ensuite une rotonde d\u00e9cor\u00e9e comme une chapelle baroque avec le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 d\u2019une esth\u00e9tique tr\u00e8s convaincante n\u2019\u00e9tait le mat\u00e9riau choisi qui d\u00e9route et intrigue, comme une hybridation entre l\u2019art pauvre et le raffinement baroque qui concourt \u00e0 un effet  de trouble d\u2019identit\u00e9 humaine et culturelle. On comprend vite quelle est la force de contestation sociopolitique qui sous-tend cette  proposition artistique de l\u2019Afro-Am\u00e9ricain Mark Bradford. Et puis, il y a ce dr\u00f4le de pavillon Finlandais o\u00f9 Nathanael Mellors et Erkka Nissinen nous pr\u00e9sentent un film d\u2019animation m\u00ealant, dessin, video, cin\u00e9ma dans une pochade d\u2019une grande dr\u00f4lerie qui inverse le cours des choses, l\u2019homme devenant la chose des robots. Ceux qui comprennent bien l\u2019anglais s\u2019amusent beaucoup, les autres sentent bien qu\u2019il y a l\u00e0 une \u0153uvre \u00e9patante. Heureusement, il y a le pavillon central : \u00ab VIVA ARTE VIVA \u00bb o\u00f9 la jeune commissaire Christine Macel d\u00e9voile son savoir faire, ses go\u00fbts et parti-pris. Cette fois, il y a quelque chose \u00e0 en dire, non point qu\u2019on y fasse des d\u00e9couvertes fracassantes, mais plut\u00f4t qu\u2019on y v\u00e9rifie le poids de certains artistes incontestables dont la pr\u00e9sentation donne confirmation de leur talent qui souvent n\u2019est plus \u00e0 prouver ; Raymond Hains par exemple, Philippe Pareno (belle installation musicale cette fois sans tape \u00e0 l\u2019\u0153il) le peintre Syrien Marwan, mort r\u00e9cemment, et qui incarnait le r\u00e9alisme expressionniste  proche d\u2019un Baselitz ou d\u2019un Rebeyrolle en France ; ou encore  cet \u00e9tonnant artiste roumain Cyprian Muresan (prix de la fondatioin Guerlain pour le dessin \u00e0 Paris en 2017) dans une s\u00e9rie de dessins qui m\u00ealent l\u2019histoire de la peinture et celle de l\u2019actualit\u00e9 qui s\u00e9duisent. La jeune commissaire nous dit qu\u2019elle a plac\u00e9 son exposition sous l\u2019alternative de l\u2019Otium\/N\u00e9gotium des Romains. Pourquoi pas ? Si on comprend bien, au monde du march\u00e9 et du n\u00e9goce s\u2019oppose l\u2019otium de l\u2019oisivet\u00e9 cr\u00e9atrice des artistes d\u2019o\u00f9 na\u00eet l\u2019art. L\u2019emballage intellectuel est parfait pour pr\u00e9senter la chose, mais on peut s\u2019en passer d\u00e8s lors qu\u2019on reconna\u00eet l\u2019artiste \u00e0 ses \u0153uvres et non \u00e0 ses intentions, et on admettra qu\u2019on en rencontre l\u00e0. \u00c0 suivre demain \u00e0 l\u2019Arsenal les propositions de la dame qui semble frott\u00e9e de philosophie mais comme un pain peut l\u2019\u00eatre \u00e0 la tomate au risque de laisser un go\u00fbt de surface.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[((\/public\/.mark_Bradford_t.jpg|mark_Bradford.jpg|L|mark_Bradford.jpg, juin 2017))|\/public\/mark_Bradford.jpg||mark_Bradford.jpg]Retour aux Giardini, avec toujours la m\u00eame curiosit\u00e9. Mais cette fois pas de bousculade, pas d\u2019affolement (nous sommes apr\u00e8s d\u2019un mois de l\u2019ouverture !) cependant il faut faire la queue aux guichets et on ne vous admet qu\u2019avec billet et carte d\u2019identit\u00e9 comme dans les avions (s\u00e9curit\u00e9 oblige). Premier tour de piste. 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