{"id":740,"date":"2021-05-22T11:43:54","date_gmt":"2021-05-22T09:43:54","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=740"},"modified":"2021-05-22T11:43:55","modified_gmt":"2021-05-22T09:43:55","slug":"cest-qui-jean-vilar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2021\/05\/22\/cest-qui-jean-vilar\/","title":{"rendered":"C&rsquo;EST QUI JEAN VILAR ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Oui, figurez-vous, j&rsquo;ai entendu cette phrase, en Avignon justement, il y a quelques ann\u00e9es. Je rentrais d&rsquo;une repr\u00e9sentation au palais des Papes et voil\u00e0 qu&rsquo;un jeune homme me demande quel est le plus court chemin pour aller \u00e0 la gare. La chose \u00e9tait simple et je lui dis : tu descends la rue, tu tournes \u00e0 la maison Jean Vilar et tu&#8230; Il m&rsquo;interrompit alors pour me dire :\u00a0\u00bbmais c&rsquo;est qui Jean Vilar\u00a0\u00bb ? Avouez que dans une ville o\u00f9 cet homme a cr\u00e9\u00e9 le festival d&rsquo;Avignon il y a de quoi s&rsquo;\u00e9tonner ! Voyons, lui dis-je tu n&rsquo;es pas venu ici voir du th\u00e9\u00e2tre ? Non, dit-il, je suis venu \u00e9couter un concert. Et pourquoi ici, en Avignon justement ? Parce c&rsquo;est gratuit et qu&rsquo;il y a de l&rsquo;ambiance. Mais le th\u00e9\u00e2tre dis-je ? Oh, je n&rsquo;y vais jamais. Et tu ne sais pas que Jean Vilar a cr\u00e9\u00e9 ce festival de th\u00e9\u00e2tre qui draine des milliers de gens ici chaque \u00e9t\u00e9. Bof, ici ou ailleurs ! Pour le coup j&rsquo;en fus stup\u00e9fait. Aucune ironie, aucun d\u00e9dain chez ce gar\u00e7on sympathique par ailleurs. Le th\u00e9\u00e2tre avait \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par autre chose, par ce qu&rsquo;on appelle le \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb, la f\u00eate, le concert, le festival d&rsquo;\u00e9t\u00e9, ce loisir sup\u00e9rieur et subventionn\u00e9 qui offre toute une palette de spectacles mais aussi de th\u00e9\u00e2tre, soit en Avignon un millier de spectacles en un mois dit-on, pour un million de spectateurs, partout, en tous endroits de la ville et au dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette anecdote me revient-elle en m\u00e9moire ? Parce que chacun apr\u00e8s avoir attendu impatiemment la r\u00e9ouverture des salles de spectacle et singuli\u00e8rement de th\u00e9\u00e2tre dont on a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 longtemps peut comprendre ce malentendu. Mais ce \u00ab\u00a0chacun\u00a0\u00bb est-il bien l&rsquo;interlocuteur auquel on pense ? N&rsquo;attend-on pas plut\u00f4t la lib\u00e9ration des \u00e9nergies, la f\u00eate, la convivialit\u00e9, la rencontre, quel qu&rsquo;en soit le pr\u00e9texte ? l&rsquo;ouverture des caf\u00e9s, des bars, les concerts qui sont le grand commun d\u00e9nominateur de la jeunesse. Et n&rsquo;a-t-on pas trop pr\u00e9jug\u00e9 de l&rsquo;attente culturelle comme telle ? Simple question sans doute, et du reste, je voudrais bien me tromper.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourquoi en revenir \u00e0 Vilar justement ? Parce qu&rsquo;il y a 50 ans exactement, il nous quittait un 28 Mai 1971, revenu finir ses jours dans la ville de S\u00e8te o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9. L&rsquo;occasion de dire ce qu&rsquo;il avait apport\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la place de cet art dans la cit\u00e9 lorsqu&rsquo;il d\u00e9clarait :\u00a0\u00bble th\u00e9\u00e2tre populaire est un service public, comme l&rsquo;eau, le gaz et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb. Durant une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, (il est mort jeune \u00e0 59 ans) il aura boulevers\u00e9 le rapport du th\u00e9\u00e2tre au public, simplifi\u00e9 ses codes (un tr\u00e9teau nu et un texte) redonn\u00e9 un acc\u00e8s au grand r\u00e9pertoire, mobilis\u00e9 pour cela les plus grands acteurs de son \u00e9poque (dont G\u00e9rard Philippe), cr\u00e9\u00e9 (\u00e0 la demande du grand po\u00e8te Ren\u00e9 Char) le plus grand festival de th\u00e9\u00e2tre de France en Avignon, qui draine des milliers de spectateurs chaque ann\u00e9e, impos\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que le th\u00e9\u00e2tre est au c\u0153ur de l&rsquo;aventure culturelle de la fin du si\u00e8cle dernier, et donn\u00e9 corps avec quelques autres \u00e0 la grande aventure du th\u00e9\u00e2tre populaire de la d\u00e9centralisation. Pas le seul en effet, pas le premier non plus, nous ne ferons pas ici l&rsquo;histoire du th\u00e9\u00e2tre, mais assur\u00e9ment l&rsquo;un des plus connus gr\u00e2ce au TNP qu&rsquo;il dirigeait et au festival d&rsquo;Avignon justement, lequel reste encore, un des symboles de th\u00e9\u00e2tre populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est ce m\u00eame homme qui sera foudroy\u00e9 par la tornade de 1968 avec ces hordes de gauchistes descendus de la capitale, venus manifester dans la Cit\u00e9 des Papes en criant : \u00ab\u00a0\u00e0 bas le th\u00e9\u00e2tre des bourgeois, \u00e0 bas Vilar, B\u00e9jart, Salazar\u00a0\u00bb dans un raccourci qui laisse songeur. Vilar ne se remettra pas de cette injustice et de cet affront. Il fera face cependant pendant toute la dur\u00e9e de \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb festival, au pied des gradins et des barri\u00e8res qui drainaient le public, affrontant les cris et les horions et d\u00e9c\u00e8dera trois ans plus tard en ayant quitt\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre aussi modestement qu&rsquo;il y \u00e9tait entr\u00e9. Ceci laisse songeur quant \u00e0 la versalit\u00e9 des opinions et la volatilit\u00e9 des r\u00e9putations. Mort, il sera encens\u00e9 par ceux qui savaient \u00e0 quel point cet homme fut indispensable \u00e0 la cause qu&rsquo;il d\u00e9fendit, avant, il faut comme d&rsquo;autres, contest\u00e9 et on passa assez vite \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande si, \u00e0 la r\u00e9flexion, la remarque de mon jeune spectateur de rencontre, n&rsquo;\u00e9tait pas plus pertinente qu&rsquo;elle ne m&rsquo;avait parue au premier abord. On croit toujours que nos go\u00fbts et pr\u00e9f\u00e9rences sont  eux de tout le monde, mais il n&rsquo;en est rien. Ce qui avait compt\u00e9 pour moi et ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration ne comptait peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 plus pour celle qui suivait. Encore que ce festival d&rsquo;Avignon soit toujours au z\u00e9nith des grands \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, mais bien moins qu&rsquo;un festival de rock on l&rsquo;admettra.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais justement, n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 le malentendu, et va-t-on toujours au th\u00e9\u00e2tre avec dans la t\u00eate ce qui \u00e9tait l&rsquo;ambition de ces pionniers : transformer un public de rencontre en peuple solidaire. Ah \u00e7a, c&rsquo;est une autre affaire. Cela s&rsquo;appelle le th\u00e9\u00e2tre politique, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on vient chaque soir disait-il \u00ab\u00a0recueillir une le\u00e7on de courage\u00a0\u00bb. Pour toutes ces raisons, mais il en est bien d&rsquo;autres, j&rsquo;ai voulu aujourd&rsquo;hui, alors qu&rsquo;on se remet \u00e0 prendre  le chemin des salles de spectacle, raconter cette histoire parce qu&rsquo;il me semble qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tant priv\u00e9s de th\u00e9\u00e2tre, il est bon de se dire que ces espaces \u00e0 nouveau ouverts ne sont pas seulement des lieux de loisirs, mais sont aussi d&rsquo;indispensables catalyseurs de citoyennet\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 ils sont install\u00e9s et confi\u00e9s \u00e0 de bons r\u00e9gisseurs comme aimait \u00e0 le dire le modeste Vilar.\u00a0Mais la citoyennet\u00e9, qui s&rsquo;en soucie encore au temps des identit\u00e9s revendiqu\u00e9es sous la forme plurielle, comme on dit !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oui, figurez-vous, j&rsquo;ai entendu cette phrase, en Avignon justement, il y a quelques ann\u00e9es. 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