{"id":777,"date":"2022-02-05T10:13:47","date_gmt":"2022-02-05T09:13:47","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=777"},"modified":"2022-02-12T10:14:40","modified_gmt":"2022-02-12T09:14:40","slug":"linvitation-au-voyage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2022\/02\/05\/linvitation-au-voyage\/","title":{"rendered":"L\u2019INVITATION AU VOYAGE"},"content":{"rendered":"\n<p>Je ne sais pas vous, mais moi, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 une belle pile de brochures sur mon bureau et j\u2019en re\u00e7ois toutes les semaines. Brochures de voyages, toutes plus tentantes les unes que les autres. Et l\u2019un veut me faire aller au p\u00f4le nord parmi les glaces du Spitzberg, et l\u2019autre me propose les Maldives, la Tha\u00eflande, l\u2019Oc\u00e9an Indien, ou alors l\u2019Australie, la Nouvelle Z\u00e9lande et l\u2019\u00cele de P\u00e2ques, en avion, en bateau, en croisi\u00e8re, \u00e0 voile ou \u00e0 moteur, c\u2019est \u00e0 croire que les agences de voyage sont devenues folles et ne savent plus o\u00f9 aller chercher des clients en attendant le grand rush de la d\u00e9livrance post-pand\u00e9mique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, cela n\u2019emp\u00eache pas de r\u00eaver&nbsp;: horizons d\u00e9gag\u00e9s, ciels radieux, plages et mers attirantes comme une fin d\u2019\u00e9t\u00e9, palaces disponibles, prix all\u00e9chants, montagnes enneig\u00e9es. Esprit contrariant, je me dis&nbsp;: la v\u00e9rit\u00e9 est qu\u2019il faut s\u2019imaginer bloqu\u00e9 dans un immense h\u00f4tel vide avec des couloirs d\u00e9serts, comme dans \u00ab&nbsp;Shining&nbsp;\u00bb , le film de de Stanley Kubrick avec Jack Nicholson. Ou alors dans un paquebot de croisi\u00e8re consign\u00e9 dans un port comme ce fut le cas il n\u2019y a pas plus d\u2019un mois, ou encore dans un de ces palaces d\u00e9serts ou errent quelques touristes \u00e9gar\u00e9s\u2026 C\u2019est que les loisirs de masse appellent des comportements de masse. Ce n\u2019est pas le loisir en solitaire qui fait le client&nbsp;; le bonheur appelle la foule. Ce qui int\u00e9resse l\u2019industrie du tourisme, c\u2019est le grand mouvement, les grands flux, le \u00ab&nbsp;tous ensemble&nbsp;\u00bb dans la joie comme dans la peur. Les voyages sont devenus le loisir gr\u00e9gaire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des s\u00e9dentaires. Mais qui ne voit qu\u2019au fond, ce sont des abstractions qui nous font passer sans effort des pages d\u2019un catalogue aux plages du m\u00eame catalogue, papier glac\u00e9 dans le premier cas, cr\u00e8me glac\u00e9e en bord de piscine dans le second. Un pays se r\u00e9duit le plus souvent \u00e0 un h\u00f4tel ou deux, un hall d\u2019a\u00e9roport, une excursion et voil\u00e0 tout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr vous me direz, il y a les baroudeurs, ceux qui doivent grimper sur toutes les montagnes qu\u2019ils voient, plonger dans toutes les baies qu\u2019ils rencontrent, tenter d\u2019admirer tous les poissons en mer, ou les fauves dans les parcs animaliers. Cette sorte de touriste existe, j\u2019en conviens.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, moi, je serais plut\u00f4t de l\u2019esp\u00e8ce s\u00e9dentaire, un catalogue me convient pour autant qu\u2019il soit bien fait. Sa lecture m\u2019occupe l\u2019esprit un moment, me fait voyager en imagination et voil\u00e0&nbsp;! C\u2019est ainsi que je suis all\u00e9 \u00e0 Zanzibar o\u00f9 je ne mettrais sans doute jamais les pieds, au-dessus du cercle polaire sans enfiler ni chaussures ni gants fourr\u00e9s, et m\u00eame dans la Chine des Zhou, ou des Tang pour voir l\u2019arm\u00e9e de terre cuite enfouie sous sa montagne. Vous l\u2019aurez compris, je suis du genre \u00ab&nbsp;Jules Verne&nbsp;\u00bb, je n\u2019aime rien tant que les voyages imaginaires, \u00ab&nbsp;Michel Strogoff&nbsp;\u00bb ou les \u00ab&nbsp;Vingt mille lieues sous les mers&nbsp;\u00bb, ou encore, \u00ab&nbsp;De la terre \u00e0 la lune&nbsp;\u00bb. C\u2019est vous dire que la consigne o\u00f9 nous maintint la pand\u00e9mie pendant de longs mois ne me priva pas tant que \u00e7a de voyages, si elle ne me priva pas de lecture. Je suis un lecteur imp\u00e9nitent.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant une chose m\u2019attriste, je ne parviens pas \u00e0 faire partager ce go\u00fbt \u00e0 mes petits- enfants. J\u2019ai beau faire la grosse voix et \u00e9voquer la terrible voix d\u2019Yvan Ogareff passant le sabre chauff\u00e9 \u00e0 blanc devant les yeux de Michel Strogoff qui a \u00e9t\u00e9 reconnu par sa m\u00e8re prisonni\u00e8re des Tartares. Le c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;regarde de tous tes yeux regarde&nbsp;\u00bb, qui me terrifiait \u00e0 leur \u00e2ge ne suscite de leur part qu\u2019une attention distraite ou amus\u00e9e. Ils n\u2019ont plus besoin de passer par la lettre pour avoir l\u2019image. On leur a d\u2019abord donn\u00e9 la B.D dans le meilleur des cas, puis la vid\u00e9o s\u2019il y a lieu, et encore si on est parvenu \u00e0 \u00e9veiller leur curiosit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Jules Verne. Est-ce que notre imaginaire, celui de notre enfance je veux dire, est d\u00e9j\u00e0 si loin qu\u2019il n\u2019en subsiste plus grand-chose. Voil\u00e0 qui me plonge dans la perplexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici qu\u2019un ami auquel je faisais part de mes interrogations me dit tout \u00e0 trac&nbsp;: c\u2019est bien pire que tu ne le pense.&nbsp;\u00ab&nbsp;La m\u00e9moire elle-m\u00eame est en voie d\u2019oubli&nbsp;\u00bb. Le temps que j\u2019essaie de comprendre, il enchaina&nbsp;: \u00ab&nbsp;vois-tu, la m\u00e9moire est li\u00e9e \u00e0 la langue et non \u00e0 l\u2019image, nous sommes entr\u00e9s dans un temps o\u00f9 l\u2019on ne retiendra plus rien si l\u2019on ne lit plus comme avant&nbsp;\u00bb. Peut-\u00eatre n\u2019en aurons-nous plus besoin, lui dis-je, puisque nous aurons notre encyclop\u00e9die \u00e9lectronique dans la main. N\u2019en crois rien, ajouta-t-il, avec la m\u00e9moire \u00e9lectronique, la continuit\u00e9 de la m\u00e9moire culturelle est rompue en chacun de nous. Tout disponible en un clic, c\u2019est le pass\u00e9 comme chronologie qui disparait petit \u00e0 petit. Fin de la s\u00e9dimentation m\u00e9morielle. Veux-tu que je te dise&nbsp;: la vraie raison de notre malheur, c\u2019est qu\u2019on n\u2019apprend plus la po\u00e9sie par c\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie, quel rapport&nbsp;? La po\u00e9sie me dit-il ne d\u00e9veloppe pas seulement la m\u00e9moire, elle est la m\u00e9moire de notre langue, \u00ab&nbsp;un&nbsp;effecteur&nbsp;\u00bb de m\u00e9moire&nbsp;comme l\u2019est la musique pour les sons et ceci, par le rythme. Te voil\u00e0 bien pessimiste avan\u00e7ai-je. Ah me dit-il, nous perdons peu \u00e0 peu la m\u00e9moire lin\u00e9aire au profit de la m\u00e9moire al\u00e9atoire. Nous sommes en train de perdre le fil.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi qui m\u2019appr\u00eatais \u00e0 lui parler de mes catalogues de voyage&#8230; Savais-je encore une po\u00e9sie par c\u0153ur&nbsp;me demanda-t-il par provocation ? Mais oui, ma foi : \u00ab&nbsp;mon enfant, ma s\u0153ur, songe \u00e0 la douceur d\u2019aller l\u00e0-bas vivre ensemble\u2026&nbsp;\u00bb tiens voil\u00e0 le Baudelaire de \u00ab&nbsp;l\u2019invitation au voyage&nbsp;\u00bb&nbsp;! je le fis sourire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il ajouta&nbsp;: \u00ab&nbsp;un livre en notre main suppl\u00e9e \u00e0 tous les voyages non par l\u2019oubli qu\u2019il en cause, mais les rappelant imp\u00e9rieusement au contraire&nbsp;\u00bb. Mallarm\u00e9 dis-je&nbsp;? Oui, \u00e0 peu pr\u00e8s.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne sais pas vous, mais moi, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 une belle pile de brochures sur mon bureau et j\u2019en re\u00e7ois toutes les semaines. Brochures de voyages, toutes plus tentantes les unes que les autres. 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