{"id":80,"date":"2017-08-10T14:29:00","date_gmt":"2017-08-10T14:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=80"},"modified":"2019-04-04T09:35:46","modified_gmt":"2019-04-04T07:35:46","slug":"musees-de-bilbao","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2017\/08\/10\/musees-de-bilbao\/","title":{"rendered":"MUS\u00c9ES DE BILBAO"},"content":{"rendered":"<p>Une de ces journ\u00e9es de Pays Basque o\u00f9 les lourds nuages noirs s\u2019accrochent aux montagnes, o\u00f9 la pluie cingle en venant de l\u2019oc\u00e9an, o\u00f9 les \u00e9claircies au loin se signalent par des arc-en-ciel fugitifs, bref un temps hors saison qui met le moral en berne. Que faire ? Loin des plages, la visite des mus\u00e9es s\u2019impose. Ce sera Bilbao, son Guggenheim comme une carapace de squale gris brillant \u00e0 la lumi\u00e8re, son Hush Puppy, son bouquet de tulipes en aluminium d\u00e9pos\u00e9es l\u00e0 par Jeff Koons et son araign\u00e9e g\u00e9ante con\u00e7ue par louise Bourgeois. Les signes de l\u2019art \u00ab contemporain \u00bb sont bien l\u00e0.<br \/>\n<!--more--><br \/>\n\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, cette fois deux expositions remarquables : Bill Viola et Bazelitz. Le premier pr\u00e9sente des pi\u00e8ces majeures souvent d\u00e9j\u00e0 vues comme \u00e0 Paris au Grand Palais en 2014 mais qu\u2019on revoit comme la premi\u00e8re fois. Ces po\u00e8mes visuels  proposent des rencontres bouleversantes dans lesquelles on sent que c\u2019est le destin m\u00e9taphysique de l\u2019homme qui est invoqu\u00e9. Ils saisissent par leur force esth\u00e9tique. Deux \u00e9l\u00e9ments reviennent toujours : l\u2019eau et le feu, souvent sous la forme catastrophique comme dans \u00ab le d\u00e9luge \u00bb qui d\u00e9vaste une demeure \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un tsunami. Ailleurs,  de v\u00e9ritables po\u00e8mes visuels \u00ab racontent \u00bb une histoire dont on nous sugg\u00e8re de tout inventer comme dans un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, plus loin  ce sont des rencontres qui s\u2019esquissent avec gr\u00e2ce et lenteur entre des marcheurs, des marcheuses qui convergent, se saluent et s\u2019\u00e9loignent sur des routes \u00e0 l\u2019horizon desquelles palpite une sorte de mirage lumineux comme il s\u2019en produit parfois sur la route ou dans le d\u00e9sert; Reflets, lenteur, immersion dans les \u00e9l\u00e9ments dus en particulier \u00e0 la taille immense de ces vid\u00e9os, une exposition de Bill Viola, &#8211; sans doute le plus grand cr\u00e9ateur vid\u00e9aste au monde -, ne laisse pas indiff\u00e9rent. Ce qu\u2019il bouleverse en nous n\u2019est pas de l\u2019ordre de la r\u00e9flexion ni du sentiment esth\u00e9tique, mais de l\u2019\u00e9branlement d\u00fb \u00e0 un questionnement primordial. Nous sommes devant ces \u0153uvres, d\u00e9munis, saisis par les questions informul\u00e9es  qui se posent dans un langage et sous des formes in\u00e9dites. On sort de l\u00e0, troubl\u00e9 mais aussi apais\u00e9 comme si on avait consult\u00e9 quelque sorcier moderne qui aurait mis sous nos yeux les grandes questions existentielles. L\u2019exposition Bazelitz en revanche \u00e9tonne un peu mais int\u00e9resse car ce sont les \u0153uvres de jeunesse de l\u2019artiste alors \u00e2g\u00e9 de 27 ans qu\u2019on voit t\u00e2tonner \u00e0 la recherche de son style dont 3 immenses toiles r\u00e9centes donnent la mesure d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019exposition. Une s\u00e9rie de dessins et d\u2019eaux fortes saisissants de talent accompagne cette exposition. Rien que pour eux elle vaut la peine d\u2019\u00eatre vue. En sortant, on songera que ces artistes allemands du XX\u00b0 si\u00e8cle, Kiefer, L\u00fcpertz, Immendorf  dans leur confrontation avec le pass\u00e9 r\u00e9cent de l\u2019Allemagne ont trouv\u00e9  le langage expressionniste qui convenait. Ici, l\u2019\u00e9laboration de la figure de l\u2019homme, du partisan ou du soldat est tout \u00e0 fait int\u00e9ressante \u00e0 regarder. Impossible malgr\u00e9 tout d\u2019aller \u00e0 Bilbao sans faire un d\u00e9tour au d\u00e9licieux Mus\u00e9e des Beaux-Arts qui cette fois pr\u00e9sentait (apr\u00e8s le mus\u00e9e Jacquemart-Andr\u00e9 ce printemps \u00e0 Paris) la collection priv\u00e9e d\u2019art moderne d\u2019Alicia Koplowitz ; milliardaire, neuvi\u00e8me fortune espagnole, longtemps \u00e0 la t\u00eate du puissant groupe de BTP espagnol \u00ab Omega capital \u00bb avant qu\u2019elle ne c\u00e8de ses parts \u00e0 sa s\u0153ur. Alicia avait les moyens de son ambition et le talent  de se constituer hors tous circuits et comit\u00e9s, une collection personnelle qui marque dans ses choix, un go\u00fbt artistique tr\u00e8s s\u00fbr, une sensibilit\u00e9 singuli\u00e8re, mises au service de l\u2019acquisition d\u2019\u0153uvres de premier plan. On passera sur la saga de cette famille et des deux s\u0153urs associ\u00e9es puis s\u00e9par\u00e9es dans la gestion de leurs affaires qui laissera \u00e0 Alicia une fortune pour poursuivre son ambition de jeunesse, elle qui a \u00e9tudi\u00e9 aux Beaux-Arts \u00e0 18 ans, a su ainsi se constituer une collection et \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre artiste elle-m\u00eame  mettre son talent d\u2019artiste dans le choix des plus beaux tableaux accessibles sur le march\u00e9. Le r\u00e9sultat est convainquant ; L\u2019ensemble t\u00e9moigne d\u2019un go\u00fbt certain aussi bien dans le r\u00e9pertoire traditionnel que dans les \u0153uvres contemporaines ; \u00e0 titre d\u2019exemple, une tr\u00e8s belle \u00ab\u00a0vierge \u00e0 l\u2019enfant\u00a0\u00bb de Zurbaran de 1659, un \u00ab\u00a0portrait de la duchesse de Bragance\u00a0\u00bb de 1603, un \u00ab\u00a0portrait de femme\u00a0\u00bb par Goya, une \u00ab t\u00eate et main de femme \u00bb de Picasso en 1921 ou un autre par Van Dongen, la superbe \u00ab\u00a0femme rousse\u00a0\u00bb de Modigliani de 1918, ou les \u00ab\u00a0femmes de Venise\u00a0\u00bb de Giacometti. On ne met pas longtemps \u00e0 s\u2019apercevoir que les femmes sont au centre de cette exposition. S\u2019il fallait se convaincre de l\u2019importance de l\u2019image de la femme en peinture comme en sculpture, on en aurait l\u00e0 une belle illustration. Mais ce n\u2019est pas tout, on se retrouve vite devant un Rothko jaune et bleu de 1954 d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle, de m\u00eame un grand De Kooning de 1977 ou un Barcelo de l\u2019\u00e9poque africaine de l\u2019artiste. L\u2019ensemble est d\u2019une grande coh\u00e9rence et quel plaisir de voir ainsi c\u00e9l\u00e9br\u00e9e en une cinquantaine d&rsquo;\u0153uvres la peinture par le go\u00fbt d\u2019une collectionneuse. Enfin une exposition qui n\u2019est pas le r\u00e9sultat du choix d\u2019un commissaire ou comme on dit avec snobisme, d\u2019un \u00ab Curator \u00bb !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une de ces journ\u00e9es de Pays Basque o\u00f9 les lourds nuages noirs s\u2019accrochent aux montagnes, o\u00f9 la pluie cingle en venant de l\u2019oc\u00e9an, o\u00f9 les \u00e9claircies au loin se signalent par des arc-en-ciel fugitifs, bref un temps hors saison qui met le moral en berne. Que faire ? 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