{"id":806,"date":"2022-07-24T17:43:42","date_gmt":"2022-07-24T15:43:42","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=806"},"modified":"2022-07-24T17:45:12","modified_gmt":"2022-07-24T15:45:12","slug":"arles-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2022\/07\/24\/arles-2022\/","title":{"rendered":"Arles 2022"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/IMG_4146-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-807\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/IMG_4146-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/IMG_4146-300x225.jpeg 300w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/IMG_4146-768x576.jpeg 768w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/IMG_4146-1200x900.jpeg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Lundi 18 juillet, la journ\u00e9e la plus chaude. La France suffoque. Je suis parti assez t\u00f4t pour Montmajour. Encore une de ces abbayes qui ont essaim\u00e9 en France. Aujourd\u2019hui en ruines ou tout comme , vandalis\u00e9e, restaur\u00e9e, ses grandes proportions, sa crypte, sa tour, ses salles capitulaires et sa chapelle blanche o\u00f9 sont accroch\u00e9es deux immenses toiles noires du peintre Traquandi, restent sublimes. (  c&rsquo;est le contraire de ce qu\u2019a tent\u00e9 Soulages \u00e0 Conques mais tout aussi convaincant). Dans le clo\u00eetre restaur\u00e9 les colonnettes blanches supportent toujours les r\u00eaves d\u2019un bestiaire qui habitait les t\u00eates des sculpteurs du XIII\u00b0 si\u00e8cle. Je me prends \u00e0 penser au d\u00e9sastre intellectuel qui aura consist\u00e9, pour nos modernes, \u00e0 nier et d\u00e9nier \u00e0 l\u2019infini les racines chr\u00e9tiennes de l\u2019Europe et de la France singuli\u00e8rement, alors qu\u2019elles cr\u00e8vent les yeux de ceux qui veulent voir ne f\u00fbt-ce que sous la forme des ruines \u00e9cras\u00e9es de soleil qui en prolongent la pr\u00e9sence infinie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u00e0 Mitch Epstein le photographe am\u00e9ricain qui travailla aux films Indiens de Mira Na\u00efr (Salam Bombay par exemple) et qui v\u00e9cut 10 ans avec elle en Inde. La s\u00e9rie des images de l\u2019Inde des ann\u00e9es soixante est tout \u00e0 fait saisissante. La modernit\u00e9 de ces images superpos\u00e9es \u00e0 ce que l\u2019on sait de l\u2019Inde mill\u00e9naire n\u2019est pas sans \u00e9cho avec l\u2019observation faite plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Visite en suite de la tour Luma de F.Ghery&nbsp; (voir image ci-dessus): une r\u00e9ussite \u00e0 tous \u00e9gards. D\u2019abord cette b\u00e2tisse qui m\u2019a longtemps laiss\u00e9 perplexe est l\u00e0 avec son \u00e9vidence et sa pr\u00e9sence. Architecturalement parfaite au d\u00e9tail pr\u00e8s&nbsp;: mat\u00e9riaux, sols, peintures. Les propositions artistiques sont au diapason. Il y a l\u00e0 un effet \u00ab&nbsp;contemporain&nbsp;\u00bb dont j\u2019observe une fois de plus qu\u2019il ne joue \u00e0 plein que dans le vaste et le monumental. Trop petit il est invisible ou insignifiant. L\u00e0 \u00e9videmment on a les grands noms, les grandes \u0153uvres, les grandes signatures&nbsp;:&nbsp;&nbsp;Olafur Eliasson, Gonzalez-Foster, Ethel Adnan, Philipe Parreno, Frank West et son intestin rose, et puis la collection de Maja Hoffman&nbsp;: Sigmar Polke et Paul Mac Carthy, Urs Fischer entre autres (j\u2019apprends que son immense statue en cire fondante de Jean de Bologne a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 10 exemplaires et diss\u00e9min\u00e9e dans les divers mus\u00e9es d\u2019art contemporain du monde&nbsp;! Au fond, une id\u00e9e suffit \u00e0 sa diss\u00e9mination, inutile de chercher l\u2019\u0153uvre, du reste elle est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re). Ici comme ailleurs donc, mais en plus riche, on trouve les m\u00eames \u0153uvres que partout ou \u00e0 peu pr\u00e8s sur les m\u00eames sujets et naturellement toutes les cases y sont coch\u00e9es&nbsp;: f\u00e9minisme, genre, racialisme, \u00e9cologie&nbsp;; l\u2019art contemporain se r\u00e9v\u00e8le tel qu\u2019il est&nbsp;: d\u2019abord l\u2019expression d\u2019un immense conformisme id\u00e9ologique de registre n\u00e9o-am\u00e9ricain dont toutes ces structures affirment la supr\u00e9matie. Parfois cependant des \u0153uvres et des artistes en transcendent les codes, heureusement. Ce que pense l\u2019art contemporain est, malgr\u00e9 son discours intimidant, qu\u2019il ne pense gu\u00e8re et b\u00e9gaie beaucoup. Mais nul n\u2019ose le dire de peur de para\u00eetre ignorant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi des photographes \u00e0 la Luma dont ce remarquable photographe Ghan\u00e9en&nbsp;: James Barnor qui travaillait \u00e0 Accra. Repr\u00e9sentant de produits photographiques comme Agfa en Afrique ce fut un remarquable t\u00e9moin des ann\u00e9es soixante-dix dans son pays un peu comme Malik Sidib\u00e9 ou Seydou Keita dans l\u2019Afrique francophone. On voit en outre comment il osera pr\u00e9senter dans la \u00ab&nbsp;Londres des ann\u00e9es branch\u00e9es&nbsp;\u00bb, les premi\u00e8res femmes mannequins noires ou jama\u00efcaines dont les images seront publi\u00e9es dans le magazine \u00ab&nbsp;<em>Drum<\/em>&nbsp;\u00bb qui luttait contre l\u2019Apartheid en Afrique du sud.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, les espaces sont immenses et la journ\u00e9e passe sans qu\u2019on s\u2019en rende compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain il ne faut pas manquer d\u2019aller \u00e0 l\u2019espace Van Gogh pour d\u00e9couvrir l\u2019exposition Lee Miller (la grande star de la photo&nbsp;: 1907\/1977)) \u00e0 la fois photographe de mode, surtout pour le \u00ab&nbsp;Vogue britannique&nbsp;\u00bb et ensuite toujours pour Vogue, correspondante de guerre o\u00f9 elle documentera la lib\u00e9ration de certains camps de concentration nous livrant des photos gla\u00e7antes des fours cr\u00e9matoires (Dachau en particulier) et des photos de nazis hagards et aux visages soudain inhumains qui s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9guis\u00e9s en d\u00e9tenus pour s\u2019enfuir . Le contraste entre la beaut\u00e9 distingu\u00e9e des corps stylis\u00e9s par la mode oppos\u00e9e aux cadavres et aux corps accoutr\u00e9s des tenues de d\u00e9port\u00e9s est sans doute l\u2019une des images les plus fortes qu\u2019on garde de ce passage \u00e0 l\u2019exposition. La photographie froide est plus terrible que tout et se passe de tout discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame lieu Romain Urhausen d\u00e9ploie son grand talent de photographe allemand dans le registre humaniste avec une dimension r\u00e9aliste, voire formaliste (le noir et blanc \u00e0 la fa\u00e7on de Brandt) et une dimension po\u00e9tique notamment sur les march\u00e9s de Paris ( les Halles) Un photographe dans la veine de Doisneau mais aussi de Jean Dieuzaide avec le temp\u00e9rament allemand. (tr\u00e8s bel accrochage soit dit en passant).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un mot encore sur l\u2019ensemble des photos de la s\u00e9rie \u00ab&nbsp;d\u00e9couvertes&nbsp;\u00bb pour le prix Louis Roederer, dans l\u2019\u00e9glise des fr\u00e8res pr\u00eacheurs o\u00f9 se c\u00f4toient de vrais talents \u00e0 d\u00e9couvrir. On saluera au passage la remarquable s\u00e9lection que pr\u00e9sente la commissaire Taous Dahmani autour de la notion d\u2019identit\u00e9 ou de la m\u00e9moire&nbsp;: beaut\u00e9 des photos de Rahim Fortune (<em>je ne supporte pas de te voir pleurer<\/em>) beaut\u00e9 des portraits de David jack Lyons ou m\u00e9lancolie des paysages d\u2019Olga Grotova retrouvant les jardins de grands-m\u00e8res dans l\u2019Oural de l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique. De loin l\u2019exposition la plus stimulante dans son authenticit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre exposition m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate malgr\u00e9 la chaleur \u00e9touffante dans le lieu pour dire combien la s\u00e9rie de photos consacr\u00e9e \u00e0 la danse am\u00e9ricaine des ann\u00e9es soixante-dix par Babette Mangolte est saisissante et pr\u00e9cieuse. Dans une s\u00e9rie de clich\u00e9s qui suivent les carri\u00e8res des grandes danseuses de l\u2019\u00e9poque&nbsp;: Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown, Simone Forti mais aussi Richard Foreman ou Robert Morris, elle d\u00e9livre une archive de la \u00ab&nbsp;performance&nbsp;\u00bb sur laquelle glissent ces artistes du corps. Subjectivit\u00e9 de la cam\u00e9ra, empathie pour le sujet, r\u00f4le du spectateur, saisie du rapport \u00e0 l\u2019espace que ce soit sur sc\u00e8ne, dans la rue ou sur les toits de New-york, la danse qui s\u2019inventa l\u00e0 et qui vint tr\u00e8s vite en France et en Europe est saisie ici dans son bond cr\u00e9ateur. Le prix m\u00e9rit\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Women in motion&nbsp;<\/em>\u00bb des Rencontres d\u2019Arles 2022 lui a \u00e9t\u00e9 justement d\u00e9cern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sortir de cette \u00e9tuve je retrouve la grand-place \u00e0 moiti\u00e9 baign\u00e9e d\u2019ombre. Je m\u2019assieds sur le rebord du grand bassin et contemple une fois encore cette merveille qu\u2019est le tympan de l\u2019\u00e9glise Saint Troph\u00eeme avec son \u00e9vang\u00e9liaire sculpt\u00e9 et ses colonnettes bleues en songeant apr\u00e8s Malraux que l\u00e0 est le g\u00e9nie fran\u00e7ais de l\u2019art roman&nbsp;: la peinture ou la fresque sortant devant le portail et qui s\u2019adresse \u00e0 tous. Il y a l\u00e0 aussi une danse immobile sublime qui m\u00e9rite qu\u2019on la contemple. Miracle d\u2019Arles&nbsp;: le plus contemporain y c\u00f4toie l\u2019\u00e9ternel. D\u00e9cid\u00e9ment ce monde \u00ab&nbsp;en noir et blanc&nbsp;\u00bb, cette \u00e9mulsion de la lumi\u00e8re sur une feuille sensible o\u00f9 se d\u00e9pose quelque chose du temps qui stimule notre regard nous dispose tout autant \u00e0 voir mieux ce que nous avons vu d\u00e9j\u00e0 tant de fois.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0-dessus ma curiosit\u00e9 bute sur la fatigue des jambes. Je n\u2019aurai pas tout vu. La simple id\u00e9e de r\u00f4tir au soleil pour parvenir aux Ateliers m\u00e9caniques pour voir les 200 photos v\u00e9h\u00e9mentes (\u00e0 ce que j\u2019en sais) de l\u2019avant-garde f\u00e9minine des ann\u00e9es 70 en Allemagne et en Autriche m\u2019en dissuade. Je n\u2019aurai donc pas tout vu, j\u2019aurais vu sans doute une bonne moiti\u00e9 de cette \u00e9dition assez pauvre par ailleurs en \u00e9v\u00e8nements. Celle-ci m\u2019a sembl\u00e9e bien convenue et manquant de moyens sans doute, mais comme telle elle a le m\u00e9rite de proposer cette ponctuation dans l\u2019\u00e9t\u00e9, si pr\u00e9cieuse pour les photographes et pour l\u2019enseignement de la photographie qui se donne dans cette ville.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La concurrence de la Luma p\u00e8se d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s lourd et les \u00ab&nbsp;Rencontres d\u2019Arles&nbsp;\u00bb ne sont plus au niveau financier du challenge. Qu\u2019en sera-t-il dans les ann\u00e9es \u00e0 venir&nbsp;? C\u2019est une question. La population qui fr\u00e9quenta et fr\u00e9quente encore (bien peu cette ann\u00e9e) les expos photos fut longtemps une population de classes moyennes cultiv\u00e9es (enseignants etc\u2026) celle qui vient vers la Luma est plus internationale, plus ais\u00e9e, le marqueur \u00ab&nbsp;contemporain&nbsp;\u00bb op\u00e8re le tri. De ce point de vue Arles est une situation exemplaire. Pas simple donc de programmer dans ces conditions. Le nouveau directeur Christophe Wiesner prendra la mesure de l\u2019\u00e9v\u00e8nement dans les prochaines \u00e9ditions, soyons-en certains.<\/p>\n\n\n\n<p>Promenade pour finir dans une ville surchauff\u00e9e, avant de rentrer se jeter dans une piscine d\u2019eau qui ne rafra\u00eechit pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00eener le soir sur la terrasse d\u2019un restaurant avec une temp\u00e9rature qui baisse l\u00e9g\u00e8rement. Quelques flocons de nuages roses dans le soir qui tombe. Un vol d\u2019\u00e9tourneaux bruyants qui vient se poser sur le toit de l\u2019\u00e9glise proche et voil\u00e0 que le vin ros\u00e9 se r\u00e9chauffe dans les verres. Il est temps de se lever et de pr\u00e9parer sa valise pour le lendemain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi 18 juillet, la journ\u00e9e la plus chaude. La France suffoque. Je suis parti assez t\u00f4t pour Montmajour. Encore une de ces abbayes qui ont essaim\u00e9 en France. Aujourd\u2019hui en ruines ou tout comme , vandalis\u00e9e, restaur\u00e9e, ses grandes proportions, sa crypte, sa tour, ses salles capitulaires et sa chapelle blanche o\u00f9 sont accroch\u00e9es deux &hellip; <a href=\"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2022\/07\/24\/arles-2022\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Arles 2022&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-806","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/806","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=806"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/806\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":810,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/806\/revisions\/810"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=806"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=806"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=806"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}