{"id":83,"date":"2017-11-15T15:30:00","date_gmt":"2017-11-15T15:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=83"},"modified":"2019-04-04T09:35:23","modified_gmt":"2019-04-04T07:35:23","slug":"le-louvre-des-sables-vu-de-linterieur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2017\/11\/15\/le-louvre-des-sables-vu-de-linterieur\/","title":{"rendered":"LE LOUVRE DES SABLES VU DE L\u2019INT\u00c9RIEUR."},"content":{"rendered":"<p>[((\/public\/.atrium_s.jpg|atrium.jpeg|L|atrium.jpeg, nov. 2017))|\/public\/atrium.jpeg||atrium.jpeg]Parlons d\u2019abord de la conception architecturale de Jean Nouvel pour ce mus\u00e9e. Dans ce pays d\u2019Arabie o\u00f9 r\u00e8gne la ligne horizontale, que ce soit celle de la mer comme celle du sable d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent quelques dunes qui en modifient \u00e0 peine le contour, Jean Nouvel ne s\u2019est pas livr\u00e9 \u00e0 un \u00ab geste \u00bb spectaculaire comme son confr\u00e8re le baroque Franck Gehry qui donne toujours l\u2019impression d\u2019avoir recycl\u00e9 et r\u00e9agenc\u00e9 des chutes m\u00e9talliques tomb\u00e9es de quelque atelier de t\u00f4lerie industrielle.<br \/>\n<!--more--><br \/>\n[((\/public\/bactriane.jpeg|bactriane.jpeg|L|bactriane.jpeg, nov. 2017))|\/public\/bactriane.jpeg||bactriane.jpeg]Son b\u00e2timent  est simple, une demi-sph\u00e8re pos\u00e9e sur des parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8des blancs dont on voit \u00e0 peine les murs. La nuit, elle brille de mille \u00e9toiles et le jour pour voir les  \u00e9toiles, il faut entrer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et encore, on ne les d\u00e9couvre qu\u2019au terme de la visite dans le grand atrium. Impression de paix propice \u00e0 la rencontre avec les \u0153uvres d\u2019art. Ajoutons que la sc\u00e9nographie de ce mus\u00e9e est remarquable de simplicit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 ayant utilis\u00e9 au mieux ce qui \u00e9tait \u00e0 sa disposition : l\u2019espace, la qualit\u00e9 des mat\u00e9riaux, l\u2019utilisation de la lumi\u00e8re ext\u00e9rieures comme \u00e9lectrique avec un sens du rythme qui permet au visiteur de progresser de salle en salle au fil d\u2019un labyrinthe g\u00e9om\u00e9trique qui lui donne le sentiment de ne jamais se trouver dans le m\u00eame espace. La premi\u00e8re salle sert d\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re pour donner ce qui sera le code du mus\u00e9e : l\u2019approche comparative des styles et des intentions. \u00c0 preuve cette maternit\u00e9 Phemba du Congo, pr\u00e9sent\u00e9e avec une maternit\u00e9 \u00c9gyptienne (horus) et une vierge \u00e0 l\u2019enfant en ivoire du XIII\u00b0 si\u00e8cle fran\u00e7ais. Et ainsi de suite, \u00e0 propos, des haches n\u00e9olithiques, des grands plats d\u00e9cor\u00e9s, des masques mortuaires, des statues de f\u00e9condit\u00e9 ou des divinit\u00e9s. Et ici comment ne pas s\u2019\u00e9merveiller devant cette \u00ab Princesse de Bactriane \u00bb, sans doute la plus belle connue, (qui surpasse les deux sp\u00e9cimens du Louvre) en calcite gris bleu et \u2026) qui sert d\u2019ic\u00f4ne au mus\u00e9e tout entier. Suivent des repr\u00e9sentations de statues priant qui associent aussi bien un pr\u00eatre sum\u00e9rien de Mari, un gardien de reliquaire Pahouin qu\u2019une statue cycladique. C\u2019est du reste peut-\u00eatre l\u00e0 qu\u2019est la limite du parti-pris tant il sollicite l\u2019analogie, notamment religieuse &#8211; et l\u2019on voit l\u00e0 la prudence et les bons sentiments mis en \u0153uvre en particulier au chapitre des monoth\u00e9ismes cens\u00e9s d\u00e9cliner le fait religieux civilisationnel comme un fait culturel &#8211; (ce qui est loin d\u2019\u00eatre acquis comme on sait, m\u00eame si cela a permis \u00e0 notre Pr\u00e9sident un couplet bien \u0153cum\u00e9nique mais de circonstance). Mais dans cet \u00ab univers des formes \u00bb si cher \u00e0 Malraux, on ne se risquera pas \u00e0 une querelle ethnologique ou m\u00e9taphysique toujours r\u00e9currente en ce domaine. Le mus\u00e9e articule ainsi tout un parcours dans le monde des \u0153uvres d\u2019art d\u2019orient et d\u2019occident, tant dans la statuaire, la peinture que le livre (ainsi cette admirable pr\u00e9sentation d\u2019une bible h\u00e9bra\u00efque, d\u2019une bible enlumin\u00e9e et d\u2019un coran dont une feuille \u00e9voque un livre inconnu le \u00ab coran bleu \u00bb venu du Maghreb). Un ensemble d\u2019outils p\u00e9dagogiques accompagnent ces pr\u00e9sentations en chaque salle de sorte qu\u2019il est possible de voir et de comprendre par exemple comment s\u2019\u00e9crit une page de Coran avec sa sourate centrale, son enluminure et ses commentaires. Quant aux chefs-d\u2019\u0153uvre ils sont en nombre suffisant et sans exc\u00e8s (admirons la comp\u00e9tence des conservateurs qui ont travaill\u00e9 sur ce projet !) La Belle Ferronni\u00e8re de L\u00e9onard de Vinci venue du Louvre. Un ensemble stup\u00e9fiant de force qui associe une grande femme qui marche de Giacometti, le Coq de Brancusi et un serpent Baga de Guin\u00e9e, venus du Centre Pompidou et du Quai Branly et l\u2019on se rendra compte que sous le nom du \u00ab Louvre \u00bb ce sont les grands mus\u00e9es parisiens, d\u2019Orsay \u00e0 Guimet qui ont collabor\u00e9 avec intelligence \u00e0 ce projet. Dernier point en non des moindres, l\u2019ultime salle. Apr\u00e8s nous avoir fait passer par le XX\u00b0 si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019on peut voir, Matisse, kandinsky, Picasso, Klein, Warhol et Cy Twombly on tombe sur des artistes fran\u00e7ais contemporains (enfin pourrions-nous dire tant sur ce point nos commissaires d\u2019exposition internationales \u00e9taient jusque-l\u00e0 frileux  \u00e0 l\u2019inverse de leurs homologues europ\u00e9ens ou am\u00e9ricains). Et c\u2019est ainsi qu\u2019on peut voir des \u0153uvres de Yan-Pei-Ming, de Mounir Fatmi, de Philippe Ramette sans oublier l\u2019un des clous de cette exhibition, l\u2019\u0153uvre ironique et superbe du Chinois Ai Wei Wei d\u00e9clinant en perles de verre le monument du futurisme sovi\u00e9tique, la tour de Lissenko. On sort de l\u00e0 avec le sentiment qu\u2019enfin, la France est de retour, qu\u2019elle ose l\u2019international et l\u2019on n\u2019est gu\u00e8re \u00e9tonn\u00e9 que dans ces lieux cosmopolites les visiteurs parlent tout autant fran\u00e7ais qu\u2019arabe ou anglais. D\u2019o\u00f9 sortent-ils donc ces Fran\u00e7ais se demande-t-on ? Peut-\u00eatre que cette question souligne tout simplement le fait que les Fran\u00e7ais \u00ab de l\u2019\u00e9tranger \u00bb et les Fran\u00e7ais \u00ab de passage \u00bb sont \u00e0 nouveau capables de donner au monde d\u2019aujourd\u2019hui le poids d\u2019une pr\u00e9sence qui paraissait irr\u00e9m\u00e9diablement en d\u00e9clin il y a peu. C\u2019est \u00e0 des observations de ce genre qu\u2019on peut conclure que le monde a chang\u00e9 et que ce mus\u00e9e d\u2019un nouveau genre en est le signe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[((\/public\/.atrium_s.jpg|atrium.jpeg|L|atrium.jpeg, nov. 2017))|\/public\/atrium.jpeg||atrium.jpeg]Parlons d\u2019abord de la conception architecturale de Jean Nouvel pour ce mus\u00e9e. 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