{"id":895,"date":"2024-04-27T08:25:57","date_gmt":"2024-04-27T06:25:57","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=895"},"modified":"2024-04-27T08:25:58","modified_gmt":"2024-04-27T06:25:58","slug":"des-oeillets-pour-amalia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2024\/04\/27\/des-oeillets-pour-amalia\/","title":{"rendered":"DES \u0152ILLETS POUR AMALIA."},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7922-1024x768.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"896\" data-link=\"https:\/\/marcbelit.com\/?attachment_id=896\" class=\"wp-image-896\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7922-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7922-300x225.jpeg 300w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7922-768x576.jpeg 768w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7922-1200x900.jpeg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption>Amalia Rodrigues en 1990 au Parvis (photo Castille)<\/figcaption><\/figure><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le Parvis n\u2019avait pas encore un an, il avait dress\u00e9 ses tr\u00e9teaux \u00e0 Tarbes dans l\u2019enceinte du centre commercial M\u00e9ridien, c\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. En avril de cette ann\u00e9e-l\u00e0, le Portugal de Salazar faisait sa r\u00e9volution douce (peu de morts) qu\u2019on appela&nbsp;: \u00ab&nbsp;la r\u00e9volution des \u0153illets&nbsp;\u00bb au motif que les fleuristes de la ville offrirent ces fleurs aux soldats insurg\u00e9s \u00e0 partir d\u2019un malentendu semble-t-il (un restaurateur qui les avait command\u00e9s pour son \u00e9tablissement). Il n\u2019en faut pas davantage pour une l\u00e9gende.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette premi\u00e8re saison du Parvis, on trouvait d\u00e9j\u00e0 L\u00e9o Ferr\u00e9 et Amalia Rodrigues.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux immenses chanteurs, l\u2019un anarchiste, l\u2019autre pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019\u00e9tait l\u00e0 le malentendu, mais attendons la suite.<br>\u00c0 50 ans, Amalia de Piedade Rebordo\u00e3o Rodrigues \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la reine du Fado, l\u2019idole d\u2019un peuple et de son \u00e9nigmatique dictateur Salazar qui l\u2019invitait aux c\u00e9r\u00e9monies officielles et voulait en faire son ambassadrice culturelle. Nul ne s\u2019avisait alors qu\u2019Amalia, loin d\u2019\u00eatre une artiste au service d\u2019un pouvoir \u00e9tait aussi une artiste qui faisait \u00e9voluer le genre et venait en aide aux intellectuels souvent opprim\u00e9s comme elle le chante dans cet air \u00ab&nbsp;fado de Peniche&nbsp;\u00bb (nom d\u2019une prison c\u00e9l\u00e8bre) mais qu\u2019importe&nbsp;; en 1974, l\u2019image du Fado \u00e9tait bien celle d\u2019un chant r\u00e9actionnaire que les d\u00e9tracteurs citaient dans les 3F (Fado, Fatima, Football) pour d\u00e9signer les outils d\u2019ali\u00e9nation du peuple. Cependant, chaque portugais au fond de son c\u0153ur ressentait bien que cette musique exprimait la tonalit\u00e9 de son \u00e2me m\u00e9lancolique et r\u00e9sign\u00e9e devant les malheurs de l\u2019existence. Le fait est qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque les gens se divisaient entre les partisans du Fado (les fadistes) et les partisans du \u00ab&nbsp;chant d\u2019intervention&nbsp;\u00bb les r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>La chose n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 aux programmateurs du Parvis qui, d\u00e9cidant de faire une semaine en hommage \u00e0 ce Portugal qui se lib\u00e9rait tardivement de sa dictature invit\u00e8rent \u00e0 la fois la grande Amalia et le chanteur Luis Cilia auteur du chant connu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Portugal r\u00e9siste&nbsp;\u00bb. Soit l\u2019ic\u00f4ne de la chanson portugaise et le jeune porteur du chant r\u00e9volutionnaire. Ind\u00e9pendamment du fait que le Fado, comme le Tango apparaissait comme une forme artistique sup\u00e9rieure dans laquelle la voix trouvait sa pleine expression et sa dimension d\u2019humanit\u00e9 sup\u00e9rieure. Du reste, le Fado, celui d\u2019Amalia (r\u00e9invit\u00e9e plusieurs fois au Parvis) mais aussi quantit\u00e9 d\u2019autres comme Amalia Moura, Mariza, Cristina Branco, Misia parmi les meilleures qui foul\u00e8rent la sc\u00e8ne la sc\u00e8ne tarbaise au fil des saisons, devint un choix du c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir-l\u00e0 \u00e9tait donc le premier de la rencontre avec Amalia. La salle \u00e9tait pleine et le public vibrait, chantait, \u00e0 croire que tous les Portugais de l\u2019endroit s\u2019\u00e9taient donn\u00e9 rendez-vous, venant grossir une foule qui s\u2019agglutinait aux guichets. Cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 le cas la veille pour le concert de Luis Cilia, mais l\u00e0, il y avait une attente, une nervosit\u00e9 et comme un malaise perceptible.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la Diva entra sur sc\u00e8ne, un grand silence succ\u00e9da aux applaudissements. Le public de Tarbes comme celui de Lisbonne quelques semaines plus t\u00f4t allait-il lui demander des comptes&nbsp;? Elle avait \u00e0 peine entam\u00e9 sa chanson \u00ab&nbsp;Casa Portuguesa&nbsp;\u00bb que des voix l\u2019interrompirent en r\u00e9clamant qu\u2019elle chante le nouvel hymne de la r\u00e9volution, celui qui avait \u00e9t\u00e9 le signal radio du d\u00e9clenchement des \u00e9v\u00e8nements&nbsp;: \u00ab&nbsp;Gr\u00e2ndola Villa morena&nbsp;\u00bb du chanteur Jos\u00e9 Afonso qui avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Huma \u00e0 Paris quelques semaines plus t\u00f4t. ( Gr\u00e3ndola villa morena\/Terra da fraternidade\/O povo \u00e9 quem mais ordena\/Dentro de ti, \u00f3 cidade). Alors on vit la chanteuse s\u2019avancer \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne vers ses compatriotes et murmurant l\u2019air demand\u00e9 se mit \u00e0 faire chanter la salle. Elle avait pay\u00e9 le prix. Nul ne doutait plus de la r\u00e9alit\u00e9 de son engagement pour les prisonniers et les intellectuels de son pays. Elle avait enfin lev\u00e9 le voile, elle chantait avec la salle ou plus exactement elle fit chanter \u00e0 la salle les fados les plus populaires, ceux de son r\u00e9pertoire et les autres. Brusquement l\u2019ambiance avait chang\u00e9, c\u2019\u00e9tait la folie, les retrouvailles, le bonheur d\u2019\u00eatre ensemble, moments rares auxquels les programmateurs de spectacles assistent parfois. J\u2019ai encore dans l\u2019oreille les fados&nbsp;: \u00ab&nbsp;Barco Negro&nbsp;\u00bb,&nbsp;\u00ab&nbsp;Mi Florela&nbsp;\u00bb, Lisboa Antiga&nbsp;\u00bb. La bouderie \u00e9tait finie, Amalia retrouvait son peuple et le peuple sa Diva et la soir\u00e9e n\u2019en finissait pas comme elle doit encore durer dans la m\u00e9moire de ceux qui y ont assist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Amalia reviendra souvent et toujours dans la prestance qui \u00e9tait la sienne, avec cette voix \u00e0 d\u00e9chirer l\u2019\u00e2me et cette infinie tristesse qu\u2019on associe \u00e0 tort ou \u00e0 raison \u00e0 l\u2019\u00e2me portugaise dans le chant comme dans le cin\u00e9ma d\u2019Oliveira par exemple (autre cin\u00e9aste ador\u00e9 au Parvis). Au fil des ans et des tourn\u00e9es nous sommes devenus un peu plus familiers. Elle se livrait parfois \u00e0 des confidences sur ses premiers voyages et tourn\u00e9es \u00e0 Paris lorsqu\u2019elle devait venir avec le train et la valise, s\u2019arr\u00eater \u00e0 Hendaye et respirer la libert\u00e9 et le bonheur de venir chanter \u00e0 Paris (c\u2019est elle qui racontait \u00e7a). Le plus souvent le consul du Portugal venait de Bayonne la saluer et l\u2019inviter \u00e0 souper, des repas qui n\u2019en finissaient pas, car Amalia comme beaucoup d\u2019artistes \u00e9tait insomniaque et avant que l\u2019\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e sur sc\u00e8ne se soit apais\u00e9e, il lui fallait du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir donc o\u00f9 je la ramenais \u00e0 son h\u00f4tel (le Foch \u00e0 Tarbes) elle me d\u00e9clara qu\u2019elle ne pourrait s\u2019endormir qu\u2019avec Fred Astaire et devant mon air interloqu\u00e9, elle sortit un DVD de sa valise et me le tendit en disant&nbsp;: j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il y a un lecteur de DVD dans la chambre. Il \u00e9tait 2h du matin&nbsp;! On imagine mon embarras. Trouver un magn\u00e9toscope dans cet h\u00f4tel \u00e9tait impossible. Il fallut r\u00e9veiller le propri\u00e9taire et le convaincre de pr\u00eater celui de son propre salon pour satisfaire aux caprices d\u2019une Diva. Je mesurais au passage ce que ce m\u00e9tier comporte comme obligations inattendues. Ce directeur d\u2019h\u00f4tel fut non seulement serviable mais plus encore. Combien de ses semblables auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester tranquillement au lit, celui-l\u00e0 m\u00e9rita ce soir-l\u00e0 la palme de la courtoisie\u2026et Amalia put sans doute trouver le sommeil au rythme des entrechats du c\u00e9l\u00e8bre danseur. Ce soir-l\u00e0 je commen\u00e7ais \u00e0 toucher du doigt une chose qui je constaterais souvent&nbsp;: la vie des artistes de la sc\u00e8ne est une solitude hant\u00e9e par l\u2019art et qui ne peut s\u2019apaiser que par l\u2019art et l\u2019approbation d\u2019un public.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Parvis n\u2019avait pas encore un an, il avait dress\u00e9 ses tr\u00e9teaux \u00e0 Tarbes dans l\u2019enceinte du centre commercial M\u00e9ridien, c\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. 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