{"id":900,"date":"2024-05-11T12:36:59","date_gmt":"2024-05-11T10:36:59","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=900"},"modified":"2024-05-11T12:36:59","modified_gmt":"2024-05-11T10:36:59","slug":"le-gout-de-la-brocante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2024\/05\/11\/le-gout-de-la-brocante\/","title":{"rendered":"LE GOUT DE LA BROCANTE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"746\" height=\"506\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2024-05-11-\u00e0-12.34.44.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-901\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2024-05-11-\u00e0-12.34.44.png 746w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2024-05-11-\u00e0-12.34.44-300x203.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces temps derniers, mes pas me guid\u00e8rent vers une de ces foires \u00e0 la brocante qui \u00e9gaient les localit\u00e9s qui s\u2019y livrent le temps d\u2019un Week-end.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le go\u00fbt du patrimoine, le go\u00fbt de la brocante, est une passion partag\u00e9e par les Fran\u00e7ais. Le pass\u00e9 des objets nous passionne comme la derni\u00e8re trace de ce qui restera quand nous serons plus l\u00e0, c\u2019est le vrai thermom\u00e8tre du passage des g\u00e9n\u00e9rations et chaque chineur est comme un arch\u00e9ologue \u00e0 se demander, \u00e0 quelle improbable tribu appartiennent ce jeu de quilles de neuf, ou ce joug orn\u00e9 de d\u00e9corations qui \u00e9voque quelque procession en l\u2019honneur de Bacchus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Passionnant inventaire \u00e0 la Pr\u00e9vert, il y a l\u00e0 tout ce que l\u2019invention ou la fantaisie des hommes a pu fixer dans des formes improbables pour des t\u00e2ches inconnues.&nbsp;: Ces moulins \u00e0 caf\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne broie plus le grain, ces th\u00e9i\u00e8res ou cafeti\u00e8res, ces chocolati\u00e8res dont ne coule plus aucun breuvage, mais qui sont l\u00e0 comme un rappel de rites et de rituels autour desquels s\u2019articulait une vie sociale qui a disparu du temps o\u00f9 l\u2019on prenait le temps d\u2019avoir le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces services de table, ces draps brod\u00e9s, ces serviettes \u00e0 initiales monogramm\u00e9es \u00e9voquant les tables de f\u00eate, de premi\u00e8re communion ou de mariage \u00e0 la campagne, traduisent un confort et une richesse qui se mesuraient \u00e0 la dot de la mari\u00e9e. Ces linges anciens encore neufs et d\u00e9j\u00e0 vieux sortis du silence des armoires, cette vaisselle d\u00e9pareill\u00e9e au d\u00e9cor de Chine ou d\u2019Orient, ces couverts, plaqu\u00e9s d\u2019argent datant d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on naissait ou pas une cuill\u00e8re d\u2019argent dans la bouche, &#8211; avant que les m\u00e9decins n\u2019expliquent que les cuill\u00e8res en plastique \u00e9taient plus adapt\u00e9es pour nourrir les b\u00e9b\u00e9s sans blesser leurs gencives d\u00e9licates -, ces timbales en argent que l\u2019on offrait \u00e0 la naissance et qui gisent en vrac dans une corbeille pour quelques euros&nbsp;: qu\u2019en dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Jetant un \u0153il distrait sur les vieux livres en imaginant leur poids, leur encombrement et songeant \u00e0 ceux qui, infid\u00e8les \u00e0 leurs auteurs, les ont envoy\u00e9s ainsi au n\u00e9goce de deuxi\u00e8me main, apr\u00e8s les avoir peut-\u00eatre aim\u00e9s. Il en est du destin des livres comme du destin des humains, le plus beau titre ne garantit pas de la long\u00e9vit\u00e9 ni de la fid\u00e9lit\u00e9 des lecteurs. Adieu Colette, adieu Nerval, adieu Anatole France, adieu Max Gallo dont j\u2019ai vu une collection enti\u00e8re abandonn\u00e9e, adieu les beaux livres cartonn\u00e9s ou les belles reliures qui int\u00e9ress\u00e8rent un temps ceux qui voulaient donner \u00e0 penser que leur biblioth\u00e8que avait la profondeur des si\u00e8cles. On vous regarde distraitement, on vous feuillette parfois, on vous soup\u00e8se et on vous laisse sans m\u00eame demander le prix ou alors en l\u2019ayant vu \u00e9crit au crayon \u00e0 la deuxi\u00e8me page et l\u2019on s\u2019en va. Adieu tableaux, chromos, paysages et visages inconnus, plus proches de la croute que du mus\u00e9e, adieu les estampes, les gravures sous leurs vieux encadrements qui font tellement XIX\u00b0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On leur pr\u00e9f\u00e8rera un inutile broc, seau ou pot de terre o\u00f9 mettre un b\u00e9gonia, on aura un coup de blues devant une vieille automobile rouill\u00e9e \u00e0 p\u00e9dales, un jouet qui rappelle le temps o\u00f9 on r\u00eavait de l\u2019automobile et o\u00f9 les jouets ne venaient pas tous de Chine et o\u00f9 l\u2019on \u00e9coutait des rengaines en microsillons 78 tours sur un phonographe \u00e0 pavillon.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voici plus int\u00e9ressant, voici le monde de vieux outils nettoy\u00e9s, lustr\u00e9s, brillants comme il faut, pr\u00eats pour le mus\u00e9e des arts et traditions populaires\u00a0: outils de menuiserie, de ferronnerie, ou d\u2019\u00e9b\u00e9nisterie si finement r\u00e9alis\u00e9s qu\u2019on se disait que le travail de ceux qui les ont faits, pour peu qu\u2019ils ressemblent eux-m\u00eames \u00e0 ces outils devaient \u00eatre de fameux artisans. Depuis, l\u2019outillage, pour ce qu\u2019on en sait est devenu commun, fabriqu\u00e9 en s\u00e9rie, usin\u00e9 par des machines, n\u2019\u00e9voquant plus le travail de la main que par habitude et parce que la finalit\u00e9 du travail qui fait le chef d\u2019\u0153uvre (comme on dit encore chez les Compagnons du devoir), y atteste du savoir-faire. Depuis ce temps, la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019ouvrier d\u2019art a disparu de l\u2019usage des objets qui nous encombrent au quotidien. Leur valeur d\u2019usage a disparu sous leur valeur d\u2019\u00e9change comme dirait K.Marx\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que la brocante est un monde en r\u00e9duction, un monde rassembl\u00e9 en objets, voil\u00e0 au fond notre m\u00e9moire mat\u00e9rielle, voil\u00e0 nos attaches sentimentales&nbsp;; et l\u2019on marche, on d\u00e9ambule, curieux, nostalgique ou press\u00e9 de faire la bonne affaire. Et les gens repartent les bras charg\u00e9s de choses inutiles qu\u2019ils auront acquis, pour quelques billets.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On a de la tendresse pour ces lieux de m\u00e9moire, qui sont comme les cimeti\u00e8res o\u00f9 persistent nos souvenirs. Les plus jeunes viennent chercher la surprise ou la bonne affaire, les plus sensibles retrouver des \u00e9motions, chacun \u00e0 son affaire et les marchands pour peu que le chaland ne soit pas chass\u00e9 par la pluie y trouvent eux, leur content. Au fond, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on a du mal \u00e0 se rattacher \u00e0 un pass\u00e9 qu\u2019on nous pr\u00e9sente toujours de la plus sombre des mani\u00e8res et qu\u2019on n\u2019enseigne plus qu\u2019avec prudence dans les \u00e9coles, de peur d\u2019offenser, tout un chacun, il y a dans ce bric \u00e0 brac, ou chacun peut faire son march\u00e9 sans offenser quiconque, comme une porte vers l\u2019authenticit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 de ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et ont su cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 vivable d\u2019o\u00f9 sort cet art populaire qui nous fascine encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Objets inanim\u00e9s avez-vous donc une \u00e2me qui s\u2019attache \u00e0 notre \u00e2me et la force d\u2019aimer,&nbsp;\u00bb disait le po\u00e8te Lamartine. Ma foi, voil\u00e0 qui r\u00e9sume bien une promenade matinale et dominicale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces temps derniers, mes pas me guid\u00e8rent vers une de ces foires \u00e0 la brocante qui \u00e9gaient les localit\u00e9s qui s\u2019y livrent le temps d\u2019un Week-end.&nbsp; Comme le go\u00fbt du patrimoine, le go\u00fbt de la brocante, est une passion partag\u00e9e par les Fran\u00e7ais. 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