{"id":967,"date":"2025-09-07T11:32:03","date_gmt":"2025-09-07T09:32:03","guid":{"rendered":"https:\/\/marcbelit.com\/?p=967"},"modified":"2025-09-07T11:32:04","modified_gmt":"2025-09-07T09:32:04","slug":"theatre-de-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/marcbelit.com\/index.php\/2025\/09\/07\/theatre-de-rue\/","title":{"rendered":"THEATRE DE RUE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"962\" height=\"700\" src=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-07-a-11.27.10.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-968\" srcset=\"https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-07-a-11.27.10.png 962w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-07-a-11.27.10-300x218.png 300w, https:\/\/marcbelit.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-07-a-11.27.10-768x559.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00e9t\u00e9 des festivals s\u2019est achev\u00e9 \u00e0 Aurillac, haut lieu du th\u00e9\u00e2tre de rue en Ao\u00fbt. Ch\u00e2lons-en-Champagne l\u2019autre grand rendez-vous, avait ouvert la saison en juillet, et sur les routes des vacances s\u2019\u00e9gren\u00e8rent bien d\u2019autres \u00e9tapes et d\u2019autres festivals du m\u00eame genre. Comme \u00e0 Avignon, ce sont de vastes f\u00eates o\u00f9 se pressent des compagnies innombrables et des foules par milliers. Aurillac, cette ann\u00e9e, c\u00e9l\u00e9brait sa 38\u1d49 \u00e9dition, avec la m\u00eame ferveur, la m\u00eame mani\u00e8re de jouer sur le fil, entre th\u00e9\u00e2tre et vie<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>et<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>la rue pour sc\u00e8ne improvis\u00e9e. Mais la rue, chacun le sait, n\u2019est jamais docile : elle peut s\u2019offrir \u00e0 la f\u00eate ou s\u2019abandonner \u00e0 l\u2019\u00e9meute. Et notre \u00e9poque instable rend chaque rassemblement fragile, au bord du d\u00e9rapage.<\/em><em>&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ainsi en<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>fut-il<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>cette fois<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>encore \u00e0 Aurillac. Comme un m\u00e9got jet\u00e9 au bord d\u2019un bois embrase des hectares, l\u2019incendie naquit d\u2019un incident, d\u2019une provocation, d\u2019une incivilit\u00e9. R\u00e9pression, riposte, cort\u00e8ge enfi\u00e9vr\u00e9, cagoules<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>des black-blocs<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>surgies de l\u2019ombre\u2026 soudain la f\u00eate chavire : la joie bascule dans la casse, l\u2019\u00e9meute prend le relais. Nous connaissons trop bien ce sc\u00e9nario : plus une manifestation en France ne s\u2019ach\u00e8ve sans les \u00ab professionnels \u00bb de la destruction. Longtemps, les festivals furent \u00e9pargn\u00e9s. Ce n\u2019est plus le cas. Pourquoi pas, diront certains ? Ne sont-ils pas, eux aussi, des intermittents du spectacle \u2014 mais de la r\u00e9volution permanente.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 son origine, voulait d\u00e9tourner la violence, l\u2019exorciser par le spectacle. Les Grecs nommaient cela \u00ab catharsis \u00bb : purification des passions, publiques comme priv\u00e9es, donc politiques. Camus, plus tard, avait pressenti que la trag\u00e9die finit toujours par revenir, sur les tr\u00e9teaux sanglants des r\u00e9volutions<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>et qu\u2019il faut recommencer \u00e0 jouer, c\u2019est pourquoi il aima tant le th\u00e9\u00e2tre. Nous pensions avoir appris \u00e0 canaliser la violence. Illusion mais elle r\u00f4de toujours parmi nous.<\/em><em>&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les grandes f\u00eates publiques, les rassemblements, sont faits pour cela : servir d\u2019exutoire. Mais \u00e0 une condition : qu\u2019on accepte d\u2019\u00eatre spectateurs. Or voil\u00e0 longtemps que le th\u00e9\u00e2tre s\u2019est tourn\u00e9 vers la participation, entra\u00eenant les foules dans une communion parfois th\u00e9\u00e2trale, plus souvent musicale. Souvenez-vous de Johnny au Stade de France : \u00ab Allumer le feu ! \u00bb. On brandissait son briquet non pour embraser la pin\u00e8de mais pour c\u00e9l\u00e9brer la m\u00e9taphore<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>ou allumer un joint. Ce temps para\u00eet lointain. Aujourd\u2019hui, la jeunesse r\u00e9clame ses \u00ab raves \u00bb : f\u00eates belles d\u2019\u00eatre interdites, satur\u00e9es de bruit, d\u2019excitants, et parfois de violence.<\/em><em>&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est ainsi<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>que<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>le th\u00e9\u00e2tre de rue s\u2019imposa, \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier, comme la derni\u00e8re sc\u00e8ne libertaire, insolente, fusionnelle, o\u00f9 s\u2019exp\u00e9rimentait quelque chose du vivre-ensemble. Et voil\u00e0 que ce genre, \u00e0 son tour, se voit contamin\u00e9 : la rue du th\u00e9\u00e2tre ressemble d\u00e9sormais \u00e0 la rue syndicale<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>ou politique, satur\u00e9e de<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>d\u00e9clarations d\u00e9finitives, de<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>slogans<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>vengeurs, de vitres bris\u00e9es, de poubelles en flammes, avec l\u2019odeur \u00e2cre de l\u2019\u00e9meute,<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>dans<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>l\u2019ivresse de la casse. &nbsp;\u00ab&nbsp;Tout bloquer, tout casser \u00bb : refrain \u00e9ternel des foules, cri immortel de la rue.<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>\u00c0 chaque fois, on craint le pire&nbsp;!<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelque chose traverse nos soci\u00e9t\u00e9s<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>mais aussi nos nations, qui n\u2019est pas encore la guerre de tous contre tous mais qui y fait songer : cette barbarie o\u00f9 l\u2019on se jette contre tout ce qui n\u2019est pas soi,<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>o\u00f9 l\u2019on veut contraindre des peuples \u00e0 se soumettre contre leur volont\u00e9<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>et o\u00f9 l\u2019on ne trouve, \u00e0 la fin, que des morts \u2013 lesquels, contrairement aux acteurs, ne se rel\u00e8vent pas au baisser de rideau. \u00ab Grand Corps Malade \u00bb, nom d\u2019artiste, pourrait \u00eatre celui de nos<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>soci\u00e9t\u00e9s et de la n\u00f4tre en particulier qui ne sait plus faire \u00ab&nbsp;cause commune&nbsp;\u00bb. Roulons-nous tous vers le pr\u00e9cipice ? D\u2019o\u00f9 vient ce d\u00e9sir d\u2019\u00ab<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>en finir \u00bb qui partout s\u2019affiche ?<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les signes s\u2019accumulent : l\u2019\u00e9corce craque alors que l\u2019arbre para\u00eet encore droit, mais cache une fragilit\u00e9 profonde. Donnons-lui un nom : le mal d\u00e9mocratique. Reste-t-il assez de raison, assez d\u2019instinct vital, pour que les soci\u00e9t\u00e9s, de l\u2019int\u00e9rieur comme de l\u2019ext\u00e9rieur, acceptent encore de se supporter mutuellement dans un r\u00e9gime de libert\u00e9 et de droit, sans voir dans l\u2019autre \u2013 individuel<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>ou collectif \u2013 un ennemi \u00e0 abattre, et au bout, un pouvoir \u00e0 conqu\u00e9rir<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>?<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>M\u00e9fions-nous du spectacle dans lequel nous affichons nos faiblesses avec l\u2019espoir que la r\u00e9volution va changer le monde<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>et am\u00e9liorer notre quotidien. L\u2019exp\u00e9rience montre que le r\u00e9veil est toujours un cauchemar continu\u00e9. En sommes-nous d\u00e9j\u00e0 l\u00e0&nbsp;? Pas encore, mais rappelons-nous que lorsque le spectacle est devenu le pr\u00e9lude et non l\u2019exutoire de l\u2019Histoire, nous ne sommes pas loin d\u2019en<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>arriver \u00e0 l\u2019\u00e9pilogue.<\/em><em><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 des festivals s\u2019est achev\u00e9 \u00e0 Aurillac, haut lieu du th\u00e9\u00e2tre de rue en Ao\u00fbt. Ch\u00e2lons-en-Champagne l\u2019autre grand rendez-vous, avait ouvert la saison en juillet, et sur les routes des vacances s\u2019\u00e9gren\u00e8rent bien d\u2019autres \u00e9tapes et d\u2019autres festivals du m\u00eame genre. 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