Humeur du temps

Au début de Janvier, nous avons eu le rapport d’olivier Donnat sur le comportement culturel des Français (période 1973/2008). Les tendances déjà à l’œuvre se confirment : Internet prend de plus en plus de place dans cette « culture chez soi » que pointent les sociologues, la culture d’écran est de plus en plus dominante chez les jeunes mais aussi chez les adultes d’une manière plus générale.

En revanche, la lecture, la fréquentation des bibliothèques (passion féminine) est en baisse et curieusement, l’écoute de la radio également, mais la fréquentation du cinéma, celle des salles de spectacle, la visite des musées et des monuments sont à la hausse. Certes, ce sont les plus âgés qui fréquentent assidûment les équipements culturels, mais ils ne sont pas les seuls. La question du renouvellement des publics et de l’éducation artistique dès l’école restent des questions essentielles. Dire que ce sont en gros toujours les mêmes (personnes cultivées, ayant fait des études supérieures et ayant un niveau de revenus acceptables) qui profitent de l’offre culturelle, reste l’évidence. Pour autant, l’étude ne conclut pas cette fois à un échec de la démocratisation. Sans doute voit-on mieux comment s’infuse la culture dans la population à des degrés divers et l’opposition un peu théorique entre culture technologique et culture traditionnelle semble moins marquée, on note à ce propos que l’intérêt pour la culture grandit avec la diversité des offres. Ce constat est donc, dans l’ensemble, assez optimiste, il pointe les évolutions irréversibles des comportements culturels, note les adaptations et les résistances, et dresse un tableau de ce qu’il appelle une « révolution culturelle de velours », c’est-à-dire une évolution des moeurs, plus qu’une révolution. Dans la période, les industries culturelles auront été à la peine en raison du piratage. La loi Hadopi qui fut longue a être adoptée et malgré ses insuffisances semble malgré tout avoir un effet dissuasif certain. (Dommage que pour des raisons idéologiques surtout, elle ne fasse pas consensus). Les industriels constatent en effet que si le secteur de la vente physique du disque reste durablement effondré, le téléchargement payant et l’abonnement en ligne sont en progression atteignant 25% du chiffre d’affaires du secteur. Une autre évolution se profile avec la restructuration de la filière musicale avec un CNM, un centre national de la musique à la manière du CNC pour le cinéma. Dans un secteur qui s’apparente au cinéma (art et industrie) cette évolution paraît de bon sens. On notera qu’elle semble satisfaire les professionnels, mais elle n’entrera en vigueur qu’en 2013. De toute façon, musique, cinéma, télévision, Internet sont bien les secteurs par lesquels passe la culture électronique, ces fameuses « usines à rêves » dont parlait Malraux au siècle dernier. Le cinéma du reste, aura connu sa meilleure années depuis…1960 et n’aura jamais eu autant de récompenses pour des films de talent et de qualité. La séquence suivante fut consacrée à la pénalisation du génocide arménien. L’assemblée nationale unanime (une cinquantaine de parlementaires) vota la loi, ce qui entraîna l’un de ces débats récurrents dans lesquels le goût Français pour la pose et la querelle se fit voir comme jamais. Les Turcs s’alarmèrent et on leur signifia que nos grands pays de Droits de l’Homme n’avaient cure de leurs obsessions nationales, nous, nous jugions en fonction de l’Universel. Les ténors habituels des grandes causes y allèrent de leurs plaidoiries, les historiens redirent la différence à marquer entre mémoire et Histoire, on les renvoya à leurs études et la loi passa aussi au Sénat avec, sinon unanimité, du moins avec une nette majorité. Personne ne voulait apparemment fâcher les Arméniens en ces temps d’élections. Robert Badinter eut beau expliquer la probable inconstitutionnalité de cette loi qui prétend régir un peuple, des évènements et des guerres dans lesquelles la France n’est point partie, rien n’y fit. On avait une fois de plus campé politiquement sur le terrain de l’Histoire. La suite ? Y aura-t-il un recours des députés et sénateurs devant le Conseil Constitutionnel ? De toute façon, cela se ferait après les élections. Alors ! Pendant ce temps, la politique reprenait tous ses droits et la presse ses occupations coutumières : Qui ? Lequel ? Quand ? Comment ? Déjà les camps se constituent et les armées médiatiques se mesurent en escarmouches quotidiennes. La gauche a enfin son candidat qui a réussi un examen de crédibilité au Bourget, une piste pour l’envol. La droite attend le sien qui par petites phrases et entretiens télévisés avance vers sa déclaration de candidature mais prudemment. Le centre a son candidat, nous dirons légitime, depuis longtemps, l’extrême droite est en embuscade et rêve de rééditer le coup de 2002, l’extrême gauche est aussi dans les starting blocks, cependant que l’écologie peine à décoller dans les sondages. Les sondages, ce vote théorique permanent. Jusqu’à quel point informent-ils ? Jusqu’à quel point conditionnent-ils les électeurs ? C’est tout de même une question. Il reste malgré tout que ce « temps suspendu » où l’on a l’impression de pouvoir échapper au réel pour entrevoir le souhaitable, s’il est sain en démocratie, a tout de même le défaut de donner à penser que le monde peut se plier à nos désirs et à ceux de nos dirigeants. Cette impression en général dure quelques mois après les élections, avant que « la dure réalité à étreindre dont parle le poète n’impose son tempo. On a aussi fêté l’anniversaire des « Printemps arabes ». déjà, ce pluriel fait problème et l’on commence à s’aviser que chaque pays est un cas d’espèce. La première conséquence visible, en tout cas, en est l’arrivée des Islamistes partout au pouvoir. Comment cette arrivée se conjuguera-t-elle avec la démocratie pour laquelle (sembla-t-il) ces révoltes eurent lieu, nous verrons. Un observateur un peu objectif et sans illusion constatera que le changement n’est que d’apparence et que seuls les dirigeants ont changé de figure et sans doute, il faut le dire, de mœurs. Mais ensuite…Les choses du reste se durcissent d’autant plus que les issues sont connues. La Syrie en donne le triste et douloureux exemple. Dans le même temps l’Iran avance vers la possession de l’arme atomique annonçant un été de tous les dangers. Et pour faire bonne mesure, les agences de notation accusent jour après jour les faiblesses de la zone euro, donc de l’Europe. Ce début de vingt-et-unième siècle commence mal. Nous ne savons pas dire adieu au monde ancien pour saluer le monde nouveau. Les siècles précédents l’ont fait par des guerres. Dieu et les hommes nous préservent de cette issue. Parions pour la raison dans un monde et une époque qui trouve toujours dans les passions publiques davantage de motifs à agir que de craintes à nourrir.

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