GLOBISH

Un peu énervé comme d’autres, par ce fameux « Black Friday » qui s’était mis à recouvrir en un temps record les devantures des magasins et à saturer l’espace médiatique (mais on commence à avoir l’habitude de ce qu’il faut bien appeler le bourrage de crâne qui rappelle ce que dans un temps lointain on nommait la propagande !) j’en étais là de mes réflexions en constatant chaque jour davantage notre conversion inéluctable à un mode de vie et de communication transatlantique.

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SUJETS DE BAC À PAU.

Ce sont quatre mots qui interpellent depuis quelque temps déjà sur les affiches de notre cité. On a beau passer vite, lire, oublier, relire, on finit par les retenir : « En quoi croire encore » ?

Diable se dira le voyageur de passage, voilà une cité bien érudite et des édiles assez confiants en la puissance méditative de leurs habitants pour les interroger de la sorte ? Il est vrai que la rue ces derniers temps paraissait moins occupée par la tentation métaphysique que par l’action concrète, immédiate et colorée. Mais il s’agit d’un entracte sans doute.

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VACHES SACRÉES

Pour l’inauguration d’un équipement culturel Béarnais qui rassemble à la fois le musée des Beaux-Arts et l’École des arts il ne falut pas moins de deux ministres de la culture et non des moindres.

L’un dont le nom est devenu synonyme du monde de la culture au titre de ministre perpétuel : Jack Lang, l’autre celui dont le passage rue de Valois fut éphémère mais non moins important : Jean-Jacques Aillagon.

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LA VIE EN ROSE,

pau place Clemenceau (photo pyrenees-presse)

Qui n’a dans l’oreille cette chanson d’Édith Piaf sortie en 1945 après la libération et en pleine lune de miel avec Yves Montand : « quand il me prend dans ses bras,.. je vois la vie en rose ! » Bluette sentimentale, refrain ou rengaine, joué et repris par des générations de chanteurs et des musiciens de Jazz comme Louis Armstrong, c’est peut-être la chanson qui célèbre le mieux l’envie de vivre et l’amour à deux. Tout le monde sait cela, alors à quoi bon le répéter ?

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UN CERTAIN BOUQUET DE TULIPES

Fin du feuilleton ; le fameux bouquet de tulipes offert par l’artiste américain Jeff Koons à la France vient, après moult péripéties, d’être érigé dans la capitale, derrière le « petit Palais. Un périmètre où nous avons donc Churchill d’un côté et De Gaulle de l’autre le long de l’avenue de Champs Élysées. Un endroit privilégié donc pour une affaire qui a commencé en 2016 lorsque J.Koons mû par un bon mouvement et ému par les attentats de Charlie Hebdo s’était dit qu’il fallait offrir aux français, en hommage aux victimes ; un témoignage de sympathie comme ceux-ci avaient pu le faire en offrant la statue de la Liberté de Bartholdi qui est placée à Ellis Island à l’entrée du port de New-York au siècle avant-dernier. Voilà pour les raisons avancées.

la main tendue à la France

Bien entendu, cette initiative, le fait qu’elle soit acceptée par la mairie de Paris, le choix initial de l’emplacement (sur l’esplanade du Palais de Chaillot) attisa vite les polémiques et mit à l’époque tout le monde dans l’embarras. (nous en avions en son temps fait une chronique).

Et puis voilà que les choses s’apaisent et que ce don de 3,5millions d’€ payé par des mécènes amoureux de la France, finit par être installé de façon moins ostentatoire dans un carré d’herbes le long du Cours la Reine. La chose a eu lieu la semaine dernière juste avant la FIAC qui conduira en ces parages les amoureux de l’art contemporain venus du monde entier. Les uns diront que c’est bien vu, que c’est habile et bien conforme aux business de nos temps du marché mondial de l’art. D’autres diront que tout compte fait ce bouquet de tulipes géantes poussant toute l’année, là où les crocus et les jonquilles ne connaissent qu’un bref printemps, ce n’est pas si mal. Tous auront raison sans doute mais il fallait aller y voir.

C’est ce que j’ai fait et bien qu’étant très opposé à ce projet pour l’esplanade du Palais de Chaillot, je dois dire que dans ce contexte de jardin au pied d’un musée j’ai trouvé qu’elle n’était pas si mal installée que cela. Nul doute que les badauds qu’on y voit déjà assemblés autour lui feront le même succès qu’aux colonnes de Buren qui divisèrent le landerneau de l’art contemporain dans les années quatre-vingt et qui sont devenues depuis indissociables des jardins du Palais royal. L’opinion publique qui ratifie le plus souvent le choix des artistes au bout d’un certain temps offrira à l’artiste un succès que nul ne lui dénie plus aujourd’hui parmi ceux qui aiment l’art contemporain. Son Chien (Puppy) installé devant le Guggenheim de Bilbao ou son bouquet de tulipes posé le long du fleuve en témoignent.

Mais il y a les grincheux bien sûr, ceux qui ne peuvent se faire à l’idée que l’art soit toujours et à toutes les époques en avance sur ce que le public en attend. C’est un fait que depuis le XIX° siècle au moins, sinon avant, l’art des avant-gardes – et ces deux mots accolés sont en soi un pléonasme tant l’art a partie liée avec l’avant-garde -, défrise toujours les moustaches lisses de ceux qui n’aiment que l’art consacré par le temps ou la réputation. Faut-il dire pour autant que Koons est l’artiste emblématique de notre époque comme avant lui Warhol par exemple qui mit du temps à être admis avant que chacun se mette à apprécier sa soupe « Campbell » ? On ne saurait le dire.

Toujours est-il que l’art de Koons a à voir avec l’enfance, avec les rêves et les jeux de l’enfance, et s’il fut ce turbulent artiste quelquefois choquant la bienséance, il reste un enfant trop tôt grandi qui s’offre des jouets terrifiants avec lesquels on ne peut plus jouer qu’avec les yeux, comme son « Ballon Dog » en titane, ses fleurs en même métal et son cœur déployé avec un ridicule mais immense ruban rouge qui mettent à distance la chose et son usage, ce qui en soi est bien une posture contemporaine. Artiste conceptuel alors ? Pas tout à fait, ni vraiment, mais artiste qui au moyen de choses simples : un ballon gonflable en forme de petit chien devenu statue en fait un cauchemar que nous avons sous les yeux comme lorsqu’enfants nos jouets devenaient la nuit tellement immenses que nous n’avions plus de place parmi eux et n’en ressentions que la terrifiante menace.

C’est tout cela qu’il y a dans le bouquet de tulipes, simple, doux dans l’espace urbain mais aussi terrible et définitif que ces fleurs en plastique qui ne vieillissent jamais sur les tombes de la Toussaint. Des tulipes sur une tombe ? Pas vraiment non plus, mais un hommage aux morts des attentats de 2015 et qui sait si, par les temps qui courent, les parisiens qui passeront devant cette sculpture ne se diront pas qu’en fin de compte elle a quelque chose à leur dire du présent qu’ils vivent de façon souvent tragique, ce qui, on en conviendra, est toujours le but de l’art.