MAUVAISE HUMEUR

Traditionnellement l’été commence pour moi avec le Festival d’Avignon. Tellement de bonheurs ! et voici 2O10, ouverture solennelle dans la cour d’honneur du Palais des Papes. La cour d’honneur, pas celle de Louis XIV, ni celle des Papes, le temps est passé où des comédiens, flattés par le Prince mécène, guettaient son approbation. Aujourd’hui, lorsqu’un Prince de ce temps, on dira un ministre, assiste à une première, c’est pour y être interpellé publiquement, admonesté parfois insulté au nom des largesses distribuées trop chichement et qui ne devraient pas être mesurées au talent. C’est devenu rituel, ce n’est plus la cour des rois mais celle des miracles qui ont lieu parfois sur scène. Pas cette fois cependant. Tristes temps d’irrespect.

De même lorsqu’on lit la presse estivale. L’insulte au Président de la république s’étale en couverture. Plus de bornes et plus de limites, il paraît que ça fait vendre. Mais traiter un Président de voyou sans impunité en dit long sur le respect dû à la fonction. C’est la même chose que les insultes des joueurs de football. Où va-t-on ? Les mêmes vous diront, il n’y a plus de valeurs, c’est la faute du gouvernement ! Et que penser de l’information que l’on trouve dans de pareils journaux ! Peu à peu, des tracts politiques de plus en plus sommaires. Les mêmes vous parleront de journalisme d’investigation. Journalisme d’opinion conviendrait mieux ! Ce journalisme-là à tout à voir avec celui des chiens qui vous mordent les mollets. Le ministre Woerth doit en savoir quelque chose, mais c’est F.Mitterrand qui le premier a fait allusion aux chiens lâchés sur un homme. Ce ministre-là doit avoir le cuir bien tanné pour résister à de pareils assauts. D’autres avant lui ont connu cela. On reste partagés entre la nécessité pour la presse d’informer et de révéler et l’acharnement à instruire à charge dans une optique politique souvent dissimulée sous des justifications professionnelles. La limite, la nuance, est l’apanage des grands journalistes, ils ne sont plus légion ! Mais quoi, me direz-vous : l’argent, l’argent et la politique ! Certes sans doute, et depuis que le monde est monde. Cela me fait penser à cette phrase de Spinoza à propos de l’argent : « qui le hait avec passion, n’en est pas moins obsédé que celui qui l’adore » mais il est vrai que Spinoza était philosophe. 15 Août fête de l’assomption. À Lourdes, on évacue les sanctuaires sur un coup de téléphone d’un déséquilibré, pervers ou bien provocateur. Principe de précaution, on ne lésine pas. Et l’information fait le tour du monde, Lourdes, site dangereux ? Etait-ce le but visé ? L’avant-veille Robert Hossein avait fait une conférence de presse pour annoncer son spectacle en plein air sur Bernadette et Marie. Encore un ! Va-t-il faire voter les gens pour savoir s’il faut croire qu’elle a vu la vierge ? On en revient au théâtre, enfin au théâtre, si l’on veut, à ce que le théâtre est devenu, divertissement pour les foules d’un côté et cénacle pour happy-few de l’autre. Le monde roule. A part cela l’été est pourri, c’est ce que tout le monde dit en cette fin du mois d’Août, il n’y a plus de saisons, ou bien il y a trop de vent, chacun est morose, chacun en veut à quelque chose et d’abord au gouvernement. Finalement les démocraties sont comme les régimes totalitaires, il leur faut un bouc émissaire. On sait cela depuis longtemps. Alors jetons des pierres et ça ira mieux ? À propos de pierres, heureusement que notre BHL national est là en plein été pour attirer notre attention sur le risque de lapidation d’une femme adultère en Iran. Ah, voilà un point sur lequel on s’accordera : haro sur la tyrannie ! L’été n’est peut-être pas fini.

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